Le contrat social: héritage des Lumières

14 - Octobre - 2016

Contre les phénomènes d’exclusion qui gangrènent notre pays, les évêques de France invitent à refonder notre pacte social, se référant à Jean-Jacques Rousseau, auteur en 1762 du Contrat social.
« Dans une société où l’individu et non le collectif est devenu la référence », les évêques de France entendent bousculer les consciences et alerter sur « la situation de tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ne se sentent plus partie au contrat ».

Renouer avec l’esprit des Lumières en cette année électorale déjà alourdie par les polémiques identitaires suffit à apporter un peu de hauteur au débat politique. Mais c’est en relisant l’ouvrage de Jean-Jacques Rousseau que l’on peut prendre la mesure de cet appel.

S’il n’invente pas la théorie du contrat social, formulée dès le XVIIe siècle, notamment chez les auteurs anglais Thomas Hobbes et John Locke, Jean-Jacques Rousseau en fait le titre de son ouvrage et développe une pensée en rupture avec ses prédécesseurs.

Liberté naturelle contre liberté sociale

Leur question, elle, est commune : comment rendre concevable la soumission au souverain ? Pour tenter une réponse à cette interrogation aux allures révolutionnaires sous l’Ancien Régime – l’ouvrage de Rousseau sera interdit en France, au Pays-Bas, à Genève et à Berne –, le philosophe pense le contrat qui fait passer l’homme de l’état de nature à l’état social.

> Lire aussi : Éloge de l’invention politique

Refusant l’idée que l’individu se soumette en aliénant sa liberté, Rousseau cherche « une forme d’association par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant ». C’est ainsi l’égalité de l’abandon consenti par tous qui permet à chacun de conserver sa qualité d’homme.

En cédant la liberté naturelle qu’il partage avec l’ensemble des êtres vivants, le citoyen gagne la liberté sociale, définie comme la jouissance des droits garantis par la loi qu’il s’est lui-même donnée. « Chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous, et la condition étant égale pour tous, nul n’a intérêt à la rendre onéreuse aux autres », écrit-il encore. Ce contrat social donne naissance au pouvoir souverain, constitué par la volonté des citoyens, que Rousseau nomme la volonté générale.

Le contrat social, « idéal miné par les injustices et les inégalités »

Ce rapide retour sur le texte fondateur du Contrat social permet de mieux mesurer la résonance que lui offrent les évêques de France aujourd’hui. Pour que le corps politique existe, analyse ainsi le philosophe Florent Guénard (1), « il faut que l’union de ses membres soit réelle (c’est ce qui distingue une association d’une simple agrégation) » et qu’elle repose sur ce « contrat social par lequel chacun s’engage envers tous ».

La précarité et le sentiment d’injustice croissants dans notre pays signent dès lors la fragilité de la société tout autant que celle des individus les plus vulnérables. « Il existe une ambiguïté constitutive du Contrat social dont nous sommes encore les héritiers, renchérit le philosophe Guillaume Le Blanc. D’un côté, il est un idéal. Mais de l’autre, il est aussi un fait, celui de vivre ensemble, qui est miné par les injustices, les inégalités qui se creusent et le risque de séparation d’une partie du corps politique. »

 

Que devient le contrat social lorsque « les valeurs républicaines de “liberté, égalité, fraternité”, brandies de manière incantatoire, semblent sonner creux pour beaucoup de nos contemporains sur le sol national ? » questionnent les évêques de France. Appeler à le refonder, c’est alors affirmer que l’exclusion, comme la perte d’égalité, de liberté et de dignité n’est pas seulement une question de charité chrétienne mais engage notre avenir politique. Et qu’à ce titre, elle ne doit pas nous interpeller qu’individuellement mais collectivement.

Béatrice Bouniol
(1) La démocratie universelle, de Florent Guénard, Seuil, 16,99 €, 2016.

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