M. Macron, laissez tranquille le ventre des Africaines (Par Balla Fofana)

12 - Juillet - 2017

Lors du sommet du G20, un journaliste ivoirien demande à Emmanuel Macron s’il faut un «plan Marshall» pour «sauver l’Afrique» ? Pour le chef de l’Etat, la vérité est ailleurs… «Le défi de l’Afrique est civilisationnel», explique-t-il, avant de profaner l’intime : le ventre des femmes. «Dans un pays qui compte encore 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien.»


En français plus trivial, paternaliste et misogyne, cela donnerait : «Canalisez vos poules pondeuses.» Il est intéressant de voir à quel point notre président, salué pour sa jeunesse, est un Moderne qui embrasse les thèses des Anciens : «La transition démographique est l’un des défis essentiels de l’Afrique.» Macron réactive ainsi une idée qui a prospéré dès les années 50 : les femmes africaines ne maîtrisent pas leur sexualité, elles sont à l’origine de la surpopulation et du sous-développement. Ne cherchez pas ! Le ver est dans le ventre de ces dames. Ce tour de passe-passe permet au Président d’affirmer que le colonialisme et l’impérialisme, «c’est de l’eau» ou de la littérature. Une marotte que la politologue Françoise Vergès démonte dans le Ventre des femmes (1).

L’ouvrage revient sur le scandale, dans les années 70, des interruptions de grossesse et des stérilisations sans consentement sur l’île de la Réunion, alors que se jouait en métropole la mobilisation pour l’IVG avec le Manifeste des 343. «On rend les femmes du tiers-monde responsables du sous-développement. En réalité, on inverse la causalité : la plupart des études prouvent aujourd’hui que c’est le sous-développement qui entraîne la surpopulation, explique l’auteure. La théorie de la surpopulation évite aussi de questionner le rôle du colonialisme et de l’impérialisme dans la pauvreté. Et ces discours visent, bien sûr, avant tout les femmes.»

Aminata Dramane Traoré ne dit pas autre chose dans son essai l’Etau, l’Afrique dans un monde sans frontières (2) où elle tire la sonnette d’alarme sur «la situation critique de l’Afrique noire, soumise à des réformes économiques et structurelles draconiennes». Les études, les livres ou encore les rapports de la Banque mondiale, infirmant la thèse bancale de Macron, sont légion. Mais gageons que, pour le Président, le but était ailleurs. Après Sarkozy et son «homme africain pas assez entré dans l’Histoire», le marcheur avait lui aussi besoin d’inscrire sa formule assassine sur le continent au panthéon de l’humiliation. Vous êtes prévenus, la femme africaine est le fardeau de son homme.

(1) Ed. Albin Michel, 2017, 20 €.

(2) Ed. Babel, 1999, 7,70 €.

Libération

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