Mandela, un mentor pour tous (Par Georges Lory)

27 - Décembre - 2016

Dans la foulée de la « miraculeuse » transition démocratique de 1994, un hebdomadaire anglais avait écrit que Nelson Mandela était la personne vivante la plus proche d’un saint. Remarque piquante quand on sait que Mandela, jeune, était un grand séducteur et qu’il s’entraina ensuite à la guérilla. Il n’était pas religieux non plus, et probablement pas croyant. Pourtant, Mgr. Emmanuel Lafont estime que l’on peut s’inspirer de lui pour élever son âme, exercice salutaire, surtout en cette période de fin d’année.

Mandela était exceptionnel par son sens du pardon et du respect. Dans les années 1980, décennie terrible, Soweto comptait quatre prêtres français à Soweto. Emmanuel Lafont pilotait la paroisse de Saint Philippe Neri, au cœur du township. « La moitié des funérailles auxquelles j’ai présidé n’était pas des morts naturelles », note-t-il. Face à la violence qui détruisait les êtres, il a recours à la grève de la faim, à l’accueil de sans-abris dans son minuscule logis, aux sermons bilingues en zoulou et en sesotho.
Zindzi Mandela présente le religieux à son père dès son retour à Soweto en homme libre.

Les deux hommes confessent une admiration pour Ghandi qui vécut dix-sept ans en Afrique du Sud. Mandela a noué de solides amitiés avec des Indiens de son pays. Le plus connu est Ahmed Kathrada. Emmanuel Lafont nous apprend que les deux hommes se sont fâchés lors de leur première rencontre. Ils partageront la même cellule à Pollsmoor trente ans plus tard. Quand il forme son premier gouvernement en 1994, Mandela fait la part belle aux Indiens. Plus tard il a souhaité épouser la résistante Amina Cachalia quand elle s’est retrouvée veuve, mais elle a décliné.

Mandela nous enseigne aussi le sens des responsabilités. Il développait un profond sentiment de culpabilité à l’égard de sa famille dont il ne s’était pas assez occupé et qu’il savait harcelée à cause de son engagement Au point que, du fond de sa prison, il appréhendait les lettres de Winnie, son épouse.
Mandela nous transmet un sens poussé du respect de soi. Après la révolte des lycéens de 1976, le pénitencier de Robben Island a vu débarquer de nombreux jeunes militants, prêts à en découdre avec les gardiens. « Il ne faut surtout pas se mettre au niveau de ces brutes », leur conseillèrent les anciens.

Enfin Mandela a fait preuve d’une intégrité morale à toute épreuve. Sur la fin de sa vie, il se désolait de voir d’anciens camarades uniquement préoccupés par leur enrichissement personnel.

Trois ans après son décès, Mandela reste source d’inspiration. Quant à Emmanuel Lafont, devenu évêque de Cayenne, il met toute son énergie à défendre les Amérindiens.

Emmanuel Lafont, Prier avec Mandela, Presses de la Cité, 2014

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

02 - Juillet - 2020

MUSIQUE : KASA MANSA, LE NOUVEAU CLIP REMIXE DE NEEGA MASS

En attendant la sortie de son nouvel album, le célèbre artiste Neega Mass a remixé Kasa Mansa aux influences Afro- mbalakh.

01 - Juillet - 2020

DÉCÈS DE L’ÉCOLOGISTE OUSMANE SOW HUCHARD

L’écologiste sénégalais Ousmane Sow Huchard est décédé dans la nuit de mardi à mercredi, à Dakar, des suites d’une longue...

30 - Juin - 2020

France: Le gouvernement veut inciter les maires à donner aux rues des noms de soldats africains

« La France a une part d’Afrique en elle. Notre gratitude doit être impérissable. Je lance un appel aux maires de France pour qu’ils fassent vivre par le nom de nos...


29 - Juin - 2020

[TÉMOIGNAGE] : WADE RACONTE SON SÉJOUR CARCÉRAL AVEC SERIGNE PAPE MALICK SY

« Quand nous étions en prison… » «Message de condoléances, C’est avec une grande tristesse que j’ai appris le rappel à Dieu de mon...