Monsieur le Professeur, quand la raison vous quitte
Professeur Mary Teuw Niane, votre tribune sur les « meutes numériques » appelle au débat. Mais pour être pleinement convaincante, elle gagnerait à établir une distinction essentielle entre la critique politique — parfois rude,
voire dérangeante — et la haine, l’insulte ou la calomnie.
Vous semblez aujourd’hui découvrir la brutalité des réseaux sociaux et les excès qu’ils peuvent engendrer. Pourtant, hier, vous avez vous-même bénéficié de la formidable mobilisation numérique qui a accompagné la dynamique politique de Pastef. Cette même force numérique a largement participé à la mobilisation populaire ayant conduit
à l’accession au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye et, dans la foulée, à votre nomination comme directeur de cabinet.
Dès lors, une question de cohérence se pose : peut-on célébrer la puissance politique des réseaux sociaux lorsqu’ils portent une cause que l’on partage, puis dénoncer leur fonctionnement lorsqu’ils deviennent critiques à l’égard
de ceux qui exercent désormais le pouvoir ?
La cohérence démocratique commande une règle simple : condamner les dérives, quelles qu’en soient l’origine, la cible ou la couleur politique. La haine n’est pas plus acceptable lorsqu’elle vise un adversaire que lorsqu’elle vise un responsable de la majorité. L’injure ne devient pas une opinion parce qu’elle change de camp.
La jeunesse sénégalaise n’a pas besoin de condamnations à géométrie variable. Elle attend de ses responsables publics de la vérité, de la responsabilité et surtout de l’exemplarité. Elle n’acceptera pas davantage que la critique soit présentée comme une agression dès lors qu’elle s’adresse à ceux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir.
Oui, le débat public doit rester digne et respectueux. Oui, les insultes, les menaces, les campagnes de diffamation et les fausses informations doivent être combattues.
Mais le respect dû à la personne ne saurait devenir un bouclier contre la critique politique. Dans une démocratie, exercer une responsabilité publique implique aussi d’accepter la contradiction, le questionnement et l’examen de ses actes.
Il faut donc éviter les indignations sélectives. Les réseaux sociaux ne sont ni vertueux ni maléfiques par nature : ils sont un espace d’expression et de mobilisation dont les dérives doivent être combattues avec la même
exigence, quel que soit le camp concerné.
La meilleure réponse aux critiques numériques n’est ni la plainte permanente, ni la posture victimaire, ni la tentation de disqualifier toute voix discordante. La meilleure réponse du responsable public reste la cohérence, la transparence, la reddition de comptes et surtout l’action.
Car lorsqu’on exerce le pouvoir, on ne peut pas vouloir les bénéfices de la mobilisation populaire tout en refusant les exigences de la critique populaire.
Sanou DIONE
Ancien député
10em et 14em législature