Non, ce "Dialogue national" n'est pas un signe de vitalité démocratique! (Par Cheikh Sidou SYLLA)
Le président de la République a convoqué les partis politiques, les organisations de la société civile…pour un "Dialogue national", samedi 28 mai, au Palais présidentiel. Une rencontre qui a permis à l’opposition de dire tout le mal qu’elle pense de l’état de notre démocratie: restriction des libertés individuelles et collectives, mauvaise organisation du référendum, primauté du parti (APR) sur l’Etat, instrumentalisation de la justice dans traque des biens dits mal acquis, la liste n’est évidemment pas exhaustive. A son tour, le camp présidentiel a tressé des lauriers à Macky Sall.
Mais contrairement à ce que disent les thuriféraires du pouvoir, cette rencontre folklorique diffusée en direct par la télévision nationale n’est pas un signe de vitalité démocratique. On peut même s’autoriser à dire que le "Dialogue national" du président Sall, toutes proportions gardées, ressemble aux conférences nationales organisées par certains pays africains dans les années 1990 (Bénin, Zaïre...).Assoiffées de liberté et de démocratie, les populations de ces Etats avaient contraint leurs dirigeants de réunir les différentes composantes de leurs nations respectives pour tenter de trouver des réponses à leurs exigences.
On ne pouvait, à cette époque-là, imager tenir un forum de cette nature au Sénégal d’autant que notre pays était déjà considéré comme une démocratie. Par conséquent, organiser un Dialogue national aux allures de conférence nationale (du moins dans la forme), vingt-six ans après, donne le sentiment que notre démocratie traverse une crise aiguë. Le format de la rencontre du 28 mai peut même laisser penser que la démocratie sénégalaise a tellement régressé que le président Macky Sall était obligé d’organiser un «ndeup» national pour la remettre d’aplomb.
Dans les démocraties avancées, le président de la République consulte les différentes composantes de la nation à chaque fois que le pays fait face à un problème majeur. En France, par exemple, après les attentats meurtriers de Charlie Hebdo en janvier 2015, François Hollande avait appelé au rassemblement et à l’unité des diverses forces politiques. Ainsi, pendant deux jours, il a consulté individuellement tous les représentants des mouvements politiques. Le même scénario a été reconduit après les attentats du 13 novembre dernier à Paris et à Saint- Denis. C’est cela la norme !
Cheikh Sidou SYLLA