NOTE DU SENEGAL : LA DEGRADATION DE TROP (PAR IBRAHIMA THIAM)

12 - Octobre - 2025

La troisième dégradation de la note souveraine du Sénégal par Moody’s en moins d’un an n’est pas un simple avertissement. C’est un constat d’échec. Classé désormais Caa1, notre pays rejoint la catégorie des économies jugées à haut risque, où l’endettement relève plus du pari que de la stratégie. Et la perspective négative qui accompagne la note ne laisse guère de place à l’optimisme : la pente est descendante, et la glissade, désormais visible à l’œil nu.

Pendant que les voyants virent au rouge, nos autorités, elles, s’indignent. Un communiqué rageur, quelques phrases toutes faites sur “les fondamentaux solides de l’économie”, et le tour est joué. Comme si l’économie se redressait à coups de formules creuses. Mais les marchés n’écoutent pas les discours ; ils observent les chiffres. Et les chiffres, eux, parlent d’endettement incontrôlé, de déficit chronique et de gestion hésitante.

Le paradoxe, c’est que la dégradation de Moody’s, censée avertir, finit par précipiter la crise qu’elle anticipe. En déclarant le risque “extrême”, l’agence alimente la méfiance qu’elle mesure. Mais si la confiance s’effrite, ce n’est pas à cause d’une note : c’est à cause d’une gouvernance qui navigue à vue. Depuis des mois, aucune stratégie claire n’a été présentée pour restaurer la crédibilité financière du pays. Le marché des Eurobonds est fermé, les partenaires attendent un plan sérieux, et nos autorités se contentent de contester le thermomètre au lieu de soigner la fièvre.

Moody’s le dit elle-même : le Sénégal est de plus en plus exposé à un changement de sentiment des investisseurs régionaux. En clair, la confiance s’érode, et ceux qui finançaient encore notre dette commencent à douter. Le gouvernement, lui, préfère y voir un complot médiatique ou une injustice analytique. Pourtant, les précédents sont là : le Ghana avait connu la même descente aux enfers avant son défaut de paiement. Nous suivons, pour l’instant, le même sentier — avec la même obstination à nier l’évidence.

Il ne s’agit pas de céder à la panique, mais d’admettre l’évidence : le modèle budgétaire actuel est à bout de souffle. À force de repousser les échéances, d’accumuler les emprunts sans stratégie de remboursement, d’annoncer des projets sans financement maîtrisé, nos dirigeants ont transformé la dette en mur. Le choc était prévisible — il est désormais inévitable.

Et pourtant, dans ce contexte d’urgence, rien ne semble indiquer une prise de conscience au sommet. L’État continue de vivre largement au-dessus de ses moyens : recrutements publics en hausse, voyages officiels à répétition, missions somptuaires et rassemblements politiques à l’étranger. Pendant qu’on parle d’austérité, les dépenses somptuaires prospèrent. La rationalisation du train de vie de l’État n’est plus un sujet de confort budgétaire, c’est une condition de survie nationale. On ne peut pas prêcher la rigueur et s’offrir le luxe d’un train de vie dispendieux. C’est une question d’exemple, donc de crédibilité.

Et pourtant, tout n’est pas perdu. Le Sénégal a encore des leviers : des ressources naturelles à valoriser, une économie résiliente, une jeunesse prête à innover. Mais ces atouts exigent autre chose que de la communication : ils demandent du sérieux, de la cohérence et surtout, de la compétence.

Se relever d’une dégradation n’est pas impossible. Le Japon, la Grèce, ou même la Côte d’Ivoire l’ont fait. Mais aucun pays n’a jamais retrouvé la confiance des marchés en niant la réalité. Il faut un cap, un courage budgétaire et une parole de vérité.

Car au fond, le vrai risque n’est pas la dégradation de Moody’s.
Le vrai risque, c’est de continuer à confier la barre à ceux qui vivent comme des riches dans un pays qui s’appauvrit.

Ibrahima Thiam
Président du parti ACT

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

13 - Février - 2026

Traité mondial sur les plastiques : un nouveau revers diplomatique pour le Sénégal (Par Amadou Diallo)

Depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau régime, la diplomatie sénégalaise enregistre une série de contre-performances qui interrogent sur la capacité...

13 - Février - 2026

Ousmane Sonko, Premier ministre : une responsabilité à assumer pleinement (Par Ibrahima Thiam)

Je constate qu’Ousmane Sonko installe, jour après jour, une pratique du pouvoir qui remet en question le fonctionnement même de l’exécutif. Il incarne un chef de...

13 - Février - 2026

Renforcement de l'Autorité de l'État : Les directives de Diomaye Faye aux Gouverneurs

Le Président de la République, Son Excellence Bassirou Diomaye Faye, a présidé une réunion stratégique avec les Gouverneurs de région au Palais,...

12 - Février - 2026

Ousmane Sonko mise sur la filière sel, fixe un ultimatum pour Air Sénégal et appelle à la pacification des universités

Lors du Conseil des ministres du mercredi 11 février 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko a articulé sa communication autour de trois dossiers majeurs : la valorisation...

12 - Février - 2026

Attaque contre l’Iran : Trump dissuade Israël et privilégie le dialogue

Reçu à la Maison Blanche mercredi 11 février, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a échangé à huis clos avec le président...