Pourquoi Macky Sall a exilé Abdourahmane Koïta à Bordeaux (Par Cheikh Sidou SYLLA)

09 - Novembre - 2016

C’est certainement une pluie de félicitations s’est abattue sur Abdourahmane Koïta après l’annonce de sa nomination au poste de consul général du Sénégal à Bordeaux. Policé et doté d’une tête bien faite, Docteur Koïta a incontestablement le profil de l'emploi. Sa nomination peut donc être considérée comme une promotion si je me limite au contenu manifeste de la décision du chef de l’Etat.

Mais une analyse de son contenu latent laisse penser que le poste de consul général du Sénégal à Bordeaux, qui lui a été confié, est loin d’être une récompense pour services rendus. En effet tout porte à croire que le patron de l’Apr l’a exilé pour mettre fin à la guerre de leadership qui l’oppose à Demba Sow, coordinateur de la DSE ; et qui est en train de saper le moral des militants. En l’écartant donc de la direction de la DSE/France, Macky Sall a pris fait et cause pour Demba Sow. Et puis, si M. Koïta était incontournable dans le dispositif de massification du parti en France, le président Sall, qui n’a jamais caché son attachement à l’électorat sénégalais de France, ne l’aurait certainement jamais confié le poste de consul puisqu’il ne peut pas le cumuler avec celui de coordinateur adjoint de la DSE/France.

Je m’autoriserais également à croire que le verdict de Macky Sall n' aurait jamais été favorable à Demba Sow si le nouveau patron de la juridiction consulaire de Bordeaux n’avait pas misé (excessivement?) sur la bataille médiatique pour se faire entendre. Dans une violente diatribe publiée le 15 juin 2014 sur Diasporas.fr, il avait écrit ceci: « L’art de la manipulation a vraiment atteint ses limites. Les adeptes de cette politique politicienne sont malheureusement arrivés gaiement dans l’arène de la politique comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, faisant fi béatement des normes internes d’une vie de groupe. Ils ne savent pas que l’arbre ne peut pas cacher la forêt. Les vaniteux qui s’investissent dans la politique de l’autruche, vendant leur âme au diable en défendant l’indéfendable pour garder leurs postes ou en croyant encore aux miracles pour avoir une mainmise sur la DSE, sont dans l’illusion absolue ; car rien ne peut se construire durablement avec le mensonge et l’hypocrisie.» Il ajoutait : « Le premier opposant potentiel de l’APR reste le comportement irresponsable d’une petite minorité. Outre leur carence notoire en production intellectuelle, certains continuent à croire que la politique ordurière est la seule raison pour laquelle ils trônent sur des directions. D’autres pensent qu’en insultant publiquement des camarades, ils arriveront à leur fin. Il faut se départir de cette attitude politique non productive qui a longtemps animé ceux des tenants du pouvoir précédent. Et, notre engagement politique devrait être guidé par les convictions, les principes et surtout les valeurs! Le constat est malheureusement autre! Après la victoire de 2012, beaucoup ont couru pour avoir des postes de responsabilité aussi bien dans la gestion du pays qu’une quelconque responsabilité dans le parti. Certains ont tellement couru qu’on ne les retrouve plus. Et, ils abusent de la relation de confiance accordée par le Chef de l’Etat. Cela mérite réflexion ! » L’allusion à Demba Sow était éminemment transparente, mais ce dernier n’a jamais jugé nécessaire versé dans une surenchère médiatique.

Les deux « frères ennemis » réussiront ensuite à fumer le calumet de la paix grâce à la médiation de Macky Sall. Mais le cessez-le-feu ne durera que le temps d’une rose. Abdourahmane Koïta choisit cette fois le quotidien national Le Soleil pour ouvrir les hostilités : « Les décisions sont souvent contestées par les militants car ils ne sont jamais associés dans la démarche. La gestion d’un parti politique nécessite maintenant d’adopter la démarche participative et inclusive. La démocratie demande du dialogue, de la transparence et du respect des autres donc beaucoup d’efforts. » Une fois encore, le coordinateur refuse de répondre jurant que le terrain les départagerait.

Morale de l’histoire : qui règne par la presse périra par la presse.

Cheikh Sidou SYLLA

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