Présidentielle France 2017 : réflexion après le débat télévisé de l’entre-deux-tours, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen (Son Excellence Cheickh Sadibou Diallo)
« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire viennent aisément » (Nicolas Boileau).
«Pas plus que je ne l’ai accepté dans le passé d’alliance avec le Front national et ceci, quel qu’en soit le prix politique. Je n’accepterai, comme auparavant, demain de débat avec son représentant. Car, je ne peux accepter la banalisation de l’intolérance et de la haine» (Jacques Chirac)
La Presse à l’époque avait considéré comme une entorse à la coutume républicaine de l’entre-deux-tours, la rebuffade du duel télévisé du Président sortant Jacques Chirac avec le leader du Front national Jean-Marie Le Pen qui, à la surprise générale a accédé, en 2002, au second tour. Ce face-à-face, exercice démocratique par excellence, instauré pour la première fois depuis 1974, le Président sortant n’en voulait pas, car au lieu d’un débat, par une confrontation d’idées et de projets, la politique de spectacle que le Président du Front national avait habituée la classe politique, ce n’est pas pour lui : question de forme et question de fond. Au nom des valeurs et des espoirs que la France représente dans le monde. Jacques Chirac, par l’appui massif des autres partis politiques qui ont appliqué à fond le Front républicain, l’a emporté avec un score de 82,21% des suffrages contre 17,79% à Jean-Marie Le Pen.
Quinze années après, son héritière politique Marine Le Pen, qui a pris les commandes du Front national créé en 1972 par son père Jean-Marie Le Pen, en agrégeant une multitude de forces très diverses : royalistes, ultra-catholiques, pétainistes, gaullistes déçus du retrait d’Algérie (le parti étant une propriété privée), accède au second tour de la présidentielle. Si la question ne s’est pas posée cette année, l’histoire fut autre en 2002... Au lendemain d’une campagne présidentielle haletante, opposant pour la première fois quatre candidats susceptibles de se qualifier pour le second tour, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont devancé leurs challengers Jean-Luc Mélenchon et François Fillon. Un coup de tonnerre historique puisque, pour la première fois sous la Vème République, ni la droite républicaine héritière du gaullisme ni le Parti socialiste ne figurent au second tour.
Le masque est tombé… Avec un score de 21,30% des suffrages au premier tour, Marine Le Pen n’a eu cesse au cours de la campagne du second tour de vouloir ébranler et affaiblir son compétiteur. Alors qu’Emmanuel Macron était à la Chambre de Commerce d’Amiens, pour rencontrer l’intersyndicale de l’usine Wirpool, la frontiste s’est brusquement invitée à l’usine. Elle a quitté son comité stratégique de campagne dans la matinée, pour se rendre sur place et tenter de prendre l’ascendant sur son rival. Macron a été contraint d’aller au contact pendant une heure, alors que Marine Le Pen n’est restée qu’un quart d’heure.
Que penser du débat ? C’est un débat extravagant, désordonné, inhabituel ! Puis on peut aussi se poser la question impérative de savoir si cette controverse a été réellement de niveau présidentiel. En général en campagne sur le terrain, il y a des propos émotionnels pour agiter les foules, mais après quand on arrive au débat du second tour, on doit endosser le costume présidentiel, même quand on est le challenger. Et l’on se présente à la France avec gravité, solennité, avec des arguments consistants. Inopportunément, on a assisté à un exercice dans lequel, en l’occurrence, Marine Le Pen a été extrêmement agressive. Elle a eu des propos de meeting que de débat de second tour, sans solennité et sans hauteur. Comme si elle avait intégré, d’une certaine manière, la défaite. Elle ne s’est pas mise dans le costume d’une présidente éventuelle. Elle est restée dans le rôle de l’opposante ésotérique qui invective, asticote, irrite avec un sourire sardonique, et tire sur son adversaire, au lieu d’essayer de rassembler et de s’adresser à tous les Français. Du côté d’Emmanuel Macron, il a été outrageusement surpris par cette agressivité. Au début, il a profusément répondu et du coup, lui aussi, par moments, avait perdu ce niveau présidentiel. Puis, à un moment intense du débat, il a su le retrouver et l’a conservé jusqu’à la fin, en étant clair, précis, en étant pédagogue, notamment, sur le sujet économique. C’est une stupéfiante surprise, ce niveau d’agressivité, ce niveau global de désordre, de chaos et de réponses permanentes qui, parfois, était excessivement dérangeante, parce que, tout naturellement, pas du niveau d’une présidentielle… mais hélas, c’est la présidentielle 2017.
Pour clore ma réflexion, je considère qu’avec une telle et inqualifiable prestation, et un si ahurissant comportement, la Présidente du Front national n’a aucune chance de remporter cette éloquente et extraordinaire élection. Elle sera battue dimanche, à plate couture, par Emmanuel Macron qui sera le plus jeune Président de la République élu au suffrage universel de l’histoire de France.
Son Excellence Monsieur Cheickh Sadibou DIALLO
Conseiller Spécial du Président de l’APR
Administrateur de la DSE APR France