Pressions américaines sur le Groenland : Trump menace huit pays européens

19 - Janvier - 2026

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, ce samedi 17 janvier, à Copenhague, la capitale danoise, ainsi que dans au moins quatre autres villes du pays, pour exprimer leur soutien au Groenland et dénoncer les menaces d’annexion proférées par le président américain Donald Trump. La plus importante mobilisation s’est tenue sur la place de l’hôtel de ville de Copenhague, où une marée humaine aux couleurs rouge et blanche des drapeaux danois et groenlandais a envahi le centre-ville avant une marche vers l’ambassade des États-Unis.

Sur les pancartes brandies par les manifestants, des messages sans équivoque : « Le Groenland n’est pas à vendre », « Bas les pattes du Groenland », « Le Groenland aux Groenlandais » ou encore « Yankee, rentrez chez vous ». Des slogans traduisant une vive inquiétude face aux déclarations répétées du président américain, qui lie désormais ouvertement la question du Groenland à des menaces de sanctions économiques contre les pays européens.

Des rassemblements ont également eu lieu à Aarhus, dans le centre du pays, à Aalborg au nord, à Odense au sud, ainsi qu’à Nuuk, la capitale du Groenland. Ces manifestations ont été organisées à l’initiative de plusieurs associations groenlandaises, dont Uagut et Inuit, dans ce qui apparaît comme une réponse coordonnée aux ambitions territoriales affichées par Donald Trump.

Cette mobilisation intervient au moment même où une délégation bipartisane du Congrès américain, conduite par le sénateur démocrate Chris Coons, est en visite au Danemark afin d’apaiser les tensions. Devant la presse, le parlementaire a tenu à rappeler « 225 années d’alliance » entre les États-Unis et le royaume du Danemark, assurant qu’il n’existait « pas de menaces immédiates pesant sur le Groenland ». Sur son compte X, Chris Coons a salué « une excellente journée à la tête de notre délégation bipartite à Copenhague », soulignant l’importance des alliances au sein de l’Otan dans « un monde de plus en plus instable ».

Malgré ces tentatives de désescalade, le président américain a ravivé la controverse en annonçant de nouveaux droits de douane contre plusieurs pays européens. Dans un message publié sur son réseau Truth Social, Donald Trump a indiqué qu’« à compter du 1er février 2026 », des pays comme l’Allemagne, le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande seraient soumis à un droit de douane de 10 % sur toutes les marchandises exportées vers les États-Unis, taux qui passerait à 25 % à partir du 1er juin 2026. Ces mesures resteraient en vigueur « jusqu’à la conclusion d’un accord portant sur l’acquisition définitive du Groenland ».
Dans la même publication, le président américain a justifié sa position en affirmant que « la Chine et la Russie convoitent le Groenland » et que « le Danemark est impuissant », allant jusqu’à ironiser sur les capacités de défense du territoire, qu’il réduit à « deux traîneaux à chiens pour se protéger ».
Ces propos ont suscité de vives réactions en Europe. Le président français Emmanuel Macron a qualifié les menaces tarifaires d’« inacceptables », affirmant que « si elles étaient confirmées, l’Europe y répondrait de manière coordonnée ». « Aucune intimidation ni menace ne saurait nous influencer, ni en Ukraine, ni au Groenland, ni ailleurs dans le monde », a-t-il écrit sur X, ajoutant que « l’Europe saura faire respecter sa souveraineté ».
L’Union européenne a également mis en garde contre « une spirale dangereuse ». Dans un communiqué commun, le président du Conseil européen, Antonio Costa, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont estimé que de nouveaux droits de douane « affaibliraient les relations transatlantiques » tout en réaffirmant la solidarité pleine et entière de l’UE avec le Danemark et les habitants du Groenland. Le Premier ministre britannique a, pour sa part, jugé les menaces américaines « totalement erronées ».
Dans ce contexte de tensions diplomatiques croissantes, un récent sondage rappelle que 85 % des Groenlandais sont opposés à tout rattachement aux États-Unis. Parallèlement, plusieurs pays européens — dont la France, la Suède, l’Allemagne, la Norvège, les Pays-Bas, la Finlande, la Slovénie et le Royaume-Uni — ont annoncé l’envoi de personnels militaires dans le cadre d’une mission de reconnaissance liée à l’exercice danois « Arctic Endurance », organisé avec des alliés de l’Otan. Les États-Unis ont d’ailleurs été invités à y participer, selon le chef du Commandement arctique danois, qui précise que ces manœuvres s’inscrivent dans un contexte de vigilance accrue face à la Russie.
Alors que la pression populaire s’exprime dans les rues du Danemark et du Groenland, la question arctique s’impose désormais comme un nouveau point de friction majeur entre Washington et ses alliés européens.

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