PROPOS DE MERCREDI :FAUX-JOUER AVEC LE FEU

08 - Août - 2018

« Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front
(…)
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un Homme, mon fils. »
Le premier chef de l’Etat du Sénégal, le président Dia, a placé ces vers de l’écrivain anglais Kipling en exergue d’un de ses ouvrages. Cette leçon de foi, de caractère et d’humilité fut une de ses références essentielles. Elle lui a peut-être inspiré, un certain 17 décembre 1962, la posture dont le Sénégal lui sera éternellement redevable. Victime d’une conspiration politique, il préfère perdre le pouvoir et aller en prison, au lieu d’activer la Garde républicaine qui lui restait fidèle. Il s’expliquera le jour de son procès : « je ne voulais pas faire couler le sang sénégalais juste pour garder le pouvoir ».
Son avocat d’alors, le président Wade, a adopté une posture similaire au lendemain des élections violentes de 1988 : « je ne veux pas prendre le pouvoir en marchant sur des cadavres ». Je fais partie des jeunes radicaux de l’époque qui peuvent témoigner de l’engagement ferme de Dia et Wade à bannir toute violence et à inscrire la lutte de l’opposition dans le cadre des méthodes démocratiques. Au nom de ce principe, le président Wade a accepté d’attendre 12 ans avant d’entrer en possession d’un mandat que les Sénégalais ont voulu lui accorder dès 1988.
Cette posture républicaine de nos hauts dirigeants a construit le Sénégal comme un îlot de paix et de stabilité dans un océan ouest-africain en furie. Nous en sommes orphelins aujourd’hui. Et beaucoup ont peur pour nous, à cause du sans-gêne et de la psychorigidité qui dominent au sommet de l’Etat.
A sept mois de la présidentielle, la violence démesurée et l’impunité des forces de sécurité, la déchéance spectaculaire des magistrats, les changements unilatéraux et injustes des normes du processus électoral, … jalonnent un projet de confiscation sanglante du pouvoir qui s’affiche crûment.
Une idée fixe a conquis les esprits marron : « ce serait une humiliation pour un président de n’exercer qu’un seul mandat ». Un tel déshonneur justifie tous les coups tordus contre la souveraineté du peuple et sa liberté de choisir ses dirigeants. Et rend urgent de « montrer aux opposants à qui ils ont affaire ». On en frissonne !
Devant ce péril imminent, les démocrates s’armeront sûrement des leçons des présidents Dia et Wade en refusant l’initiative de la violence. Mais elles seront certainement débordées par des forces rétrogrades si elles oublient que sans la résistance farouche à l’oppression, l’humanité serait retournée depuis longtemps à l’âge de la pierre taillée.
Une vieille sagesse sénégalaise avertit tout responsable : « à l’heure du bilan, ceux qui avaient alerté à haute voix sont meilleurs que ceux qui avaient tout prévu» ; et « la parole pleure quand elle est prononcée trop tôt ou trop tard ».
08/08/2018
Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien député
Secrétaire général du Mps/Selal

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

03 - Juin - 2026

PASTEF/FRANCE : LA GRANDE REVANCHE D’ALIOUNE SALL

Parfois, le silence est d’or ! Depuis que certains, parmi ses détracteurs dans Pastef/France, ont perçu les premiers signaux la crise politique entre Ousmane Sonko et le...

03 - Juin - 2026

MAMADOU DEME, ANCIEN DEPUTE : « LA SUPPRESSION DU SECRETARIAT D'ETAT AUX SENEGALAIS DE L'EXTERIEUR EST UNE ERREUR »

Je souhaite plein succès au nouveau gouvernement de la République du Sénégal où on y retrouve plusieurs identités remarquables de hautes...

02 - Juin - 2026

Reconduit dans le nouveau gouvernement, Yankhoba Diémé exclu du Pastef par sa base de Bignona

La section de Pastef à Bignona a annoncé, par la voix de son chargé de la communication, l’exclusion de Yankhoba Diémé du parti. Reconduit dans le nouveau...

02 - Juin - 2026

Nouveau gouvernement : Un deuxième ministre exclu de Pastef

L'exclusion des ''traitres'' nommés ministres dans le nouveau gouvernement s'enchaîne au sein du Pastef. Après Yankhoba Diémé, retiré de toutes les...

02 - Juin - 2026

Qui est Djireye Clotilde Coly, nommée ministre de la Jeunesse et des sports ?

L’experte-comptable Djireye Clotilde Coly, ancienne directrice de l’Emploi, a été nommée, lundi, ministre de la Jeunesse et des Sports à la faveur du...