PROPOS DE MERCREDI : UN FORT PARFUM D’APOCALYPSE

12 - Décembre - 2018

L’intervention musclée des gros bras mackoutes pour imposer Mackrond comme tête de liste du dépôt des candidatures au Conseil constitutionnel est un prélude de la prochaine présidentielle. Le lundi 10 décembre marque le point de départ et, en même temps, l’annonce de la tonalité générale des événements à venir. Fraude et violence sont les deux armes privilégiées de la confiscation du vote des Sénégalais.
Le gap à combler est trop important pour permettre à Mackrond le luxe du respect des formes. On se rappelle son avertissement à ses amis de la diaspora : « il nous faut un million de voix supplémentaires pour passer au premier tour, ce ne sera pas facile ». Avec un déficit d’environ 15% des suffrages attendus, le vol simple ne suffit plus. S’impose alors le vol à l’arraché, sinon le braquage en plein jour et à visage découvert. Suicidaire.
C’est ce qui a été fait lundi devant le Conseil constitutionnel. C’est ce qui se fera à chaque étape.
Cette option stratégique repose sur un profond mépris de la capacité de réaction des adversaires perçus comme mous et velléitaires, pour ne pas dire dociles comme des moutons. Des yambar et non des jàmbaar.
Macron aussi était sûr de réussir à mâter les « Gaulois réfractaires » en mobilisant 100.000 policiers et gendarmes avec leurs flash-balls et leurs blindés, en prévision de l’Acte 4 des Gilets jaunes du samedi passé. On connaît le résultat final : des regrets larmoyants à la télévision. Trop peu trop tard.
Ici, on est loin d’une telle issue. Des « sages » aux ordres se préparent pour exclure de la compétition présidentielle tout concurrent susceptible d’inquiéter Mackrond.
Pour vérifier les dossiers de candidature, ils ont recruté des « experts » aux profils assez bigarrés, parmi lesquels des théoriciens du parrainage et des promoteurs de la violation du secret du vote aux législatives 2017. Une institution incapable de garantir la régularité de la file d’attente des mandataires de candidats ne fera aucun miracle quant au respect des règles du jeu et à la transparence du vote.
Pour la première fois depuis 1988, le Sénégal se dirige vers une élection dont tous les régulateurs sont défaillants, partisans, contestés. Le Conseil constitutionnel, la Cour suprême, la Cena, le Cnra, le ministre de l’Intérieur,… n’inspirent aucune confiance ni aux opposants ni aux électeurs. Chacune de leurs décisions trahit une posture de « second mandat au premier tour » pour Mackrond. Une posture de braquage.
Voilà pourquoi les incidents de lundi exhalent un si fort parfum d’apocalypse, ce moment chaotique où les voiles se dissipent et où la laideur du réel apparaît dans sa violence nue. Seul l’esprit de sacrifice des citoyens conscients peut faire de cette apocalypse annoncée le prologue d’une renaissance démocratique. Et éviter à ce pays une longue descente aux enfers. C’est donc, encore une fois, l’heure du choix : résister en jàmbaar ou renoncer en yambar.

12/12/2018
Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien député
Coordonnateur général du Mps/Selal

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