Référendum : une inquiétante régression démocratique (Paris Cheikh Sidou SYLLA)
Passer par le truchement d’une procédure de vote pour consulter directement les Sénégalais sur le projet de révision constitutionnelle est en soi un acte salutaire à mettre au crédit du président de la République! Pourtant, le référendum du 20 mars dernier a confirmé l'inquiétante régression démocratique notée dans notre pays depuis l’accession de Macky Sall à la magistrature suprême, en 2012.
Inquiétante régression disais-je, car plusieurs manquements indignes d’une démocratie majeure comme la nôtre ont été notés à toutes les étapes du processus référendaire. En France, par exemple, des membres de bureaux de vote ont siégé alors qu’ils ne remplissaient pas les conditions requises. Certains n’étaient pas inscrits sur les listes électorales, tandis que d’autres n’avaient même pas de carte nationale d’identité.... Face à ce concentré d'irrégularités, les responsables du camp du Non, plongés dans une colère noire, ont menacé de bloquer le déroulement des opérations de vote. Acculé, Badara Gaye (président de la DECENA) s’est d’abord réfugié derrière l’excuse de l’urgence de la tenue du référendum avant d’avouer qu’il n’avait jamais été témoin d’autant d’irrégularités dans un lieu de vote.
Pendant toute la durée de la campagne, tous les démocrates ont aussi constaté, pour s’en désoler, la forte mobilisation de la Télévision nationale pour vendre le Oui aux électeurs. Que dire de ces milliers de jeunes (qui viennent d’atteindre la majorité) qui ont été empêchés d'accomplir leur devoir de citoyen pour la simple raison que la course contre la montre, qui a été engagée pour l'organisation du référendum, n'a pas permis de procéder à la révision des listes électorales. Peut-on parler de vote conscient si l’écrasante majorité des électeurs n’a eu qu'une vague connaissance du contenu du texte? Peut-on parler d’avancée démocratique si les tenants du pouvoir puisent dans les maigres ressources financières de l’Etat pour inciter les Sénégalais à voter pour le Oui, alors que l’achat de conscience est formellement interdit.
Coupable du délit d’initié
En fixant unilatéralement la date du référendum, en ostracisant les nonistes durant tout le processus, et en les prenant au dépourvu, Macky Sall est coupable du délit d'initié. Malgré cette forfaiture mise en œuvre pour sortir victorieux de la consultation, beaucoup de Sénégalais ont choisi le boycott comme moyen d'expression. Avec 40,42 % d’abstention et un Non qui culmine à 37%, on peut dire que les Sénégalais ont rejeté le projet de révision constitutionnelle du président Sall. Moralité: le camp du Oui n’a aucune raison objective de crier victoire. Il doit au contraire adopter la posture d'un époux qui voit sa famille s’agrandir avec l'arrivée d'un nouveau-né, mais dont l'épouse est décédée lors de l'accouchement !
Est-il besoin de rappeler que depuis son accession à la magistrature suprême, Macky Sall ne cesse de poser des actes qui n’honorent pas la démocratie sénégalaise. Il instrumentalise la justice pour faire emprisonner des ténors de l'ancien régime qui ont refusé de lui faire allégeance, mais tend une main fraternelle aux politiciens accusés d’enrichissement illicite dès lors que ces derniers acceptent de le soutenir. L’organisation d’une marche, qui était assimilable à un jeu d’enfant, relève aujourd'hui du parcours du combattant. La liste des atteintes à notre démocratie est évidemment loin d’être exhaustive !
Cela dit, les nombreuses irrégularités enregistrées pendant tout le processus référendaire, laissent penser que les tenants du pouvoir ne lésineront sur aucune stratégie pour assurer un second mandat au président Macky Sall.
L’opposition est donc avertie : au royaume des Faye-Sall, tous les moyens sont bons pour gagner !
Cheikh Sidou SYLLA