Sénégal : au PS, le linge sale se lave en public

10 - Novembre - 2016

Échauffourées, menaces de mort… Les barons du parti s’écharpent jusque devant les tribunaux. Et Khalifa Sall, le maire de Dakar, pourrait bientôt en faire les frais.

Au Parti socialiste sénégalais (PS), les divergences politiques se règlent désormais par procédures judiciaires interposées. Depuis le mois de juin, plusieurs dizaines de militants et de cadres du parti ont été entendus par la Division des investigations criminelles (DIC) dans le cadre d’une plainte déposée par le secrétaire général du PS, Ousmane Tanor Dieng, pour coups et blessures, menaces de mort et dégradation de biens appartenant à autrui.

Des positions opposées quant au référendum

Celle-ci fait suite aux échauffourées qui avaient émaillé, le 5 mars, une réunion du bureau politique dont l’ordre du jour était particulièrement sensible, puisqu’il s’agissait de prendre position sur le référendum voulu par le président, Macky Sall. Un dossier qui, au PS, était facteur de division.

À l’intérieur de la Maison du parti, la direction, fidèle à l’alliance nouée depuis 2012 avec le chef de l’État au sein de la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY), entendait faire campagne pour le « oui ». Mais, au dehors, plusieurs dizaines de militants dakarois étaient bien décidés à voter « non », à l’instar du maire de la capitale, Khalifa Sall. Cette foule hostile a fini par envahir la salle, s’en prenant physiquement à Ousmane Tanor Dieng ainsi qu’à plusieurs de ses proches, comme le porte-parole du parti, Abdoulaye Vilane. Elle sera dispersée à coups de grenades lacrymogènes par la police, appelée en renfort.

L’affaire laisse alors croire à un clash imminent entre les deux principaux leaders du PS : Ousmane Tanor Dieng, ouvertement rallié à Macky Sall, et Khalifa Sall, partisan d’un retour à l’autonomie. L’état-major du parti est en effet convaincu que l’épreuve de force n’avait rien de spontané et que les échauffourées ont été planifiées. Jusqu’à quel niveau ? « Khalifa Sall et Bamba Fall, le maire de la Médina, sont clairement soupçonnés par la direction d’en être les instigateurs », assure une source au fait du dossier judiciaire.

L’un des premiers militants convoqués par la DIC, Cheikh Sall, est un neveu et collaborateur du maire de Dakar. D’autres membres de son premier cercle lui succéderont, comme le coordinateur de son principal mouvement de soutien, Babacar Diop, son directeur de cabinet, Bira Kane Ndiaye, ou encore la députée Aminata Diallo, coordinatrice du Mouvement Fal Khalifa Sall 2019. L’étau se resserre donc autour du maire de Dakar, qui s’attend à être entendu prochainement.

« Faux et usage de faux »

Dans le clan des frondeurs anti-Tanor, une contre-offensive – elle aussi judiciaire – vient toutefois d’être lancée par Barthélémy Dias, député et maire de Mermoz-Sacré-Cœur, une commune de la capitale. Affirmant que la direction du parti entretient « un socialisme de caserne », refusant toute démocratie interne « au profit d’un soutien inconditionnel au régime de Macky Sall », il s’apprête à son tour à déposer plainte pour faux et usage de faux.

En cause, le vote des coordinations socialistes visant à définir la stratégie du parti en vue des législatives de 2017. Selon Barthélémy Dias, cette consultation – dont les résultats officiels sont toujours attendus – serait entachée d’irrégularités dans le seul but de faire triompher l’option du maintien du PS dans la coalition gouvernementale.

Quelques jours après avoir dévoilé ses intentions, le maire indocile de Mermoz-Sacré-Cœur apprenait que son propre procès pour coups et blessures ayant entraîné la mort d’un « nervi » du Parti démocratique sénégalais (PDS), dans le cadre d’une affaire remontant à décembre 2011 où il plaide la légitime défense, devait s’ouvrir le 20 octobre, alors que la procédure était en sommeil depuis plus de quatre ans. À l’époque, il avait pu compter sur le soutien d’Ousmane Tanor Dieng… et de Macky Sall.

JA

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

20 - Juillet - 2026

Diomaye Faye sera le président de son nouveau parti

Le nouveau parti politique, issu de la coalition «Diomaye Président», sera lancé samedi prochain au King Fahd. Ce sont la date et le lieu choisis par le camp...

20 - Juillet - 2026

Cedeao: Bassirou Diomaye Faye plaide pour une organisation rénovée et plus solidaire

Le Président Bassirou Diomaye Faye a appelé, hier, les pays membres de la Cedeao à « bâtir un espace ouest-africain plus stable, plus sûr et plus...

20 - Juillet - 2026

Bassirou Diomaye Faye nouveau président de la CEDEAO

À l'invitation de Son Excellence Monsieur Julius Maada Bio, Président de la République de Sierra Leone et Président en exercice de la Conférence, le Chef de...

20 - Juillet - 2026

« Laisser Macky Sall se pavaner à Dakar, c'est narguer les familles des victimes », selon Daouda Ngom

La rencontre entre le président Bassirou Diomaye Faye et son prédécesseur Macky Sall continue de faire des vagues sur la scène politique sénégalaise....

20 - Juillet - 2026

Recomposition politique : Songué Diouf n'exclut pas une alliance entre l’APR, le PDS et le futur parti de Diomaye Faye

Le paysage politique sénégalais est en pleine recomposition. Invité de l'émission Rue Ménage, le professeur et philosophe Songué Diouf soutient que...