Seyni Mandiang, maire de Marsassoum : mon objectif, « c’est de restaurer la confiance » avec notre diaspora
Estimant que le développement de Marsassoum est aussi et surtout l’affaire de ses enfants établis à l’étranger, Seyni Mandiang a profité d’une mission en France et en Espagne pour tenter de les convaincre d’investir dans leur commune d’origine. Mais le succès de l’initiative passe avant tout par la restauration de la confiance entre l’équipe municipale et les immigrés, estime le maire. Dans cette interview, Seyni Mandiang a aussi présenté le travail que ses collaborateurs et lui sont en train de réaliser à Marsassoum.
Infos15 : Quels sont les objectifs de votre visite en France et en Espagne ?
Seyni Mandiang : Nous sommes venus en Europe dans le cadre d’une mission organisée par le GRDR (Groupe de Recherche et de réalisation pour le Développement Rural, ndlr), une ONG française, l’ARD (Agence Régional de Développement, ndlr) de Sédhiou et un certain nombre de communes de la région telle que Marsassoum. On avait procédé à une sélection, sur les sept communes qui avaient candidaté, trois ont été retenues dont la nôtre. C’est donc une fierté pour nous de participer à cette mission « Double-espace » qui, j’en suis sûr, va nous ouvrir beaucoup de portes. D’ores et déjà, elle nous a permis d’avoir beaucoup de contacts surtout avec la diaspora de Marsassoum et de Djassing. Vous savez, nous nous sommes dans un élan unitaire, c’est la raison pour laquelle nous avons mis en place un collectif regroupant les quatre commune Djibabouya, Bemêt, Marsassoum et Samsamba. Nous avons signé une convention qui nous permet de gérer ensemble un certain nombre de projets que nous avons en commun.
Notre mission en Europe est d’autant plus importante que nous estimons qu’aucune commune du tiers monde ne peut se développer sans la coopération décentralisée. Celle-ci est donc très importante pour nous. Et je puis vous dire que dans ce cadre, Marsassoum a beaucoup d’atouts. Nous avons trouvé une forte communauté ici à Paris avec laquelle nous avons tenu plusieurs rencontres. En Espagne aussi où réside une forte communauté d’immigrés originaires de Marsassoum et du Djassing, nous avons également eu des rencontres constructives surtout avec les associations pour le devenir du Djassing. Franchement, nous sommes très satisfait de ce déplacement qui nous a permis de rencontrer les fils de Marsassoum et ceux des autres communes du Djassing. Je signale que certains d’entre eux occupent de hautes responsabilités ici, et je ne doute pas qu’ils vont nous apporter beaucoup de choses. Il s’agit notamment du Maire de l’Ile-Saint-Denis, Mohamed Lamine Gnabaly, qui est originaire de Marsassoum. Avant mon arrivée, j’avais envoyé une mission de prospection dirigée par mon chargé de la coopération décentralisée. En compagnie d’une forte délégation de ressortissants de Marsassoum, je suis allé le rencontrer. Aujourd’hui, il est disposé à nous accompagner sur un certain nombre de projets, notamment l’éducation, la santé et la protection des ressources naturelles.
Nous avons également eu la chance de rencontrer l’adjoint au maire du 20ème de Paris, en l’occurrence Mamadou Lamine Dramé. Lui aussi est engagé dans le développement de Marsassoum. Il a des projets et des idées. Voyez-vous, une coopération décentralisée ne se construit pas en un seul jour, nous sommes venu taper à la porte, elle s’est ouverte, maintenant nous retournons pour préparer les dossiers. D’autres missions vont suivre pour finaliser tout ce que nous avons entrepris dans le cadre de ce voyage.
Concrètement, qu’attendez-vous de la diaspora de Marsassoum ?
La diaspora de Marsassoum fait beaucoup de choses. Tout récemment, nous avons reçu deux ambulances, l’une en provenance de l’Espagne, l’autre du Cameroun. APAIS (Association pour l’Accompagnement à l’Intégration des Sénégalais), dirigée par M. Moustapha Dramé, nous a aussi offert un important lot de médicaments l’année dernière. Comme vous pouvez le constater, notre diaspora a des ambitions pour notre terroir. Il est vrai qu’à un certain moment, elle avait un problème de communication avec les autorités municipales. Conséquence, les gens n’étaient pas très motivés. Notre objectif aujourd’hui, c’est de restaurer la confiance. Et nous pensons que sur ce plan-là, nous avons réussi. Il suffit de voir les nombreuses sollicitations dont nous faisons l’objet pour s’en convaincre. Nous souhaitons que cette confiance perdure pour l’intérêt de Marsassoum. Nous estimons également que cette confiance peut s’expliquer par le travail que l’équipe municipale est en train de réaliser. Vous parlez de Marsassoum, tout le monde connaît cette commune dont le nom est associé à des personnalités célèbres : Assane Seck, Makhily Gassama, Dobaly Cissé, Toumany Camara, Daour Cissé etc. Mais quand vous y allez, c’est la déception ! Rien n’a changé ! Quand nous sommes arrivés aux responsabilités en 2014, avec notre défunt maire Mamadou Gassama, les choses commencent à bouger. A titre d’exemples, nous pouvons citer l’électrification de la commune, nous avons pu obtenir 19.5 km de fils pour le raccordement, pour l’eau, 80% des maisons de la commune ont bénéficié des branchements sociaux. Trois ans auparavant, aucune goutte d’eau ne coulait dans les robinets. Avec l’aide du ministère de la Santé, nous avons récemment reçu une ambulance médicalisée. Depuis 1959, Marsassoum n’avait jamais eu cette opportunité-là. Aujourd’hui, le plus important pour nous, et c’est pourquoi nous demandons que tout le monde se mobilise, c’est que l’Etat respecte ses engagements au niveau de la commune. Le président de la République en est conscient parce que lors de son discours à l’occasion de l’inauguration de l’autoroute Diamniadio-Mbour, il a parlé de la route de Marsassoum. Le pont de Marsassoum est aussi un projet qui lui tient à cœur. Aujourd’hui, toute la Casamance naturelle n’attend que la réalisation de ces projets. Si Macky Sall le fait, je pense qu’on n’aura aucun problème pour le réélire en 2019, du moins dans la région de Sédhiou parce que tout le monde, dans cette partie du Sénégal, n’attend que la construction de la boucle du Boudier et le pont de Marsassoum, des réalisations qui vont définitivement désenclaver toute la Casamance naturelle d’autant qu’il va relier les trois régions, Ziguinchor, Sédhiou et Kolda.
Quels sont les grands projets de l’actuelle équipe municipale de Marsassoum ?
Comme je viens de vous le dire, la construction du pont et la route de Marsassoum sont les principaux projets que nous voulons voir se réaliser rapidement. C’est la raison pour laquelle nous comptons beaucoup sur le président de la République. Mais l’équipe municipale travaille elle aussi sur ses propres projets. Nous voulons que le poste de santé de Marsassoum soit érigé en centre de santé. C’est un projet qui nous tient à cœur. Nous sommes en train de construire un bloc administratif pour les sages-femmes, nous sommes aussi en train de construire un autre bloc administratif pour accueillir le futur médecin-chef. Nous allons entamer la clôture du poste de santé. Nous avons également un projet déjà ficelé autour de cent cinquante millions (150 000 000 FCFA) pour la construction d’une maternité. Nous voulons faire de la voierie. Nous avons déjà bénéficié de trois kilomètres au niveau de la commune. Le démarrage des travaux est pour bientôt. Avec Promoville, nous avons également eu deux kilomètres de voirie. Nous sommes aussi en train de négocier avec l’Etat pour que Marsassoum, à l’instar des autres communes, puisse bénéficier d’un lycée clef en main. Mais en attendant, il faut qu’on réussisse à éradiquer complètement les abris provisoires. Sur trente-et-une classes physiques, les vingt-et-une sont des abris provisoires. Depuis notre arrivée, nous avons déjà construit quatre salles de classe à l’école 1, deux à l’école 3 et cette année, nous en construirons deux autres. Ce qui signifie qu’en deux ans, nous aurons construit huit salles de classe.
Un autre projet tient à cœur tous les habitants de Marsassoum, c’est la finition du centre d’accueil. Nous avons mis douze millions (12 000 000 FCFA). Nous avons également fait une extension du marché central de Marsassoum à hauteur de dix-huit millions (18 000 000 FCFA). Nous avons construit de grandes cantines qui seront mises à la disposition des commerçants qui seront impactés par la construction du pont et de la route. Nous avons également entamé la réalisation d’une gare routière en perspective de la construction du pont et de la route Sédhiou-Marsassoum. Le financement a été trouvé avec l’AGETIP. Pour un montant de quarante trois millions sept cents mille (43 700 000 FCFA). L’entreprise a été choisie, il ne reste plus que les derniers réglages. Dans deux à trois mois, les travaux vont démarrer. Il y a aussi un autre projet important que nous sommes en train de traiter avec le ministère de l’Environnement, c’est la construction d’un espace vert dans la commune. Autrement dit la promenade des Marsassoumois. Le projet est bien ficelé, il est estimé à onze millions cent mille (11 100 000 FCFA). La commune peut apporter un million cent mille (1 100 000 FCFA). Le reste de la somme, nous sommes en train de le chercher auprès de nos partenaires.
Avez-vous tenté de convaincre les Marsasoumois que vous avez rencontrés d’investir, histoire de vous aider à trouver une solution au chômage des jeunes?
Le principal objectif de ma mission, je l’ai dit, c’est de restaurer la confiance avec notre diaspora. Aujourd’hui, une équipe jeune est à la tête de la municipalité, elle tend la main à tout le monde. Nous avons un projet de lotissement. Nous voulons affecter un certain nombre de lots à nos immigrés pour créer une cité qu’on peut appeler « Cité de la diaspora ». Nous savons également qu’il y a des fils de Marsassoum et du Djassing qui veulent investir. Mais comme je l’ai dit tantôt, c’est un problème de confiance. Mais nous sommes en train de les rencontrer pour tenter de les convaincre d’aller investir chez nous. La commune n’a pas beaucoup de ressources. Celles que nous collectons grâce aux taxes ne servent qu’à payer les salaires et à faire face à un certains nombre de problèmes dans la commune. Donc nous avons les mains liées. Mais nous avons de l’imagination. La preuve, l’agence de la Maison de l’Outil, que nous avons contactée, a décidé de construire une Maison de l’Outil dans la commune à hauteur de deux cents millions (200 000 000 FCFA). La commune a fait une délibération dans ce sens, nous avons octroyé un terrain à l’agence, nous attendons maintenant le démarrage des travaux. La Maison de l’Outil va abriter tous les corps de métier, la menuiserie, la maçonnerie etc. En vérité, nous avons un problème de qualification des jeunes. Et souvent, les formations ne sont pas en adéquation avec les besoins de l’entreprise. Pour régler définitivement ce problème au niveau de Marsassoum, nous avons contacté cette agence et si Dieu le veut, les travaux ne tarderont pas à démarrer. Mais nous attendons beaucoup de la diaspora. Et nous ne doutons point de son engagement pour le développement de Marsassoum.
Dans quels secteurs d’activité souhaiteriez-vous que la diaspora investisse ?
Dans l’agriculture. Nous pouvons beaucoup faire dans ce domaine, nous avons des terres disponibles. Notre ambition, c’est d’acheter dès l’année prochaine des tracteurs subventionnés par l’Etat pour les remettre aux populations. Nous allons le faire à Marsassoum et partout dans le Djassing. Une fois encore nous invitons solennellement la diaspora à venir investir. En revanche, ce que nous attendons des fils de Marsassoum qui sont à l’étranger, c’est de nous apporter des projets bien ficelés. Avec nous, ils n’auront aucune difficulté à disposer des terres. Ils peuvent compter sur notre soutien et notre accompagnement.
On dit souvent qu’il y a une crise de confiance entre les immigrés et ceux qui sont restés au pays. Comment peut-on résoudre ce problème ?
Cette crise a plusieurs causes. Généralement, les immigrés confient leurs projets à leurs parents. Ce sont donc des projets familiaux. C’est dès le départ, c’est-à-dire à la conception, que se trouve le mal. C’est la raison pour laquelle nous avons dit que même pour la construction de la Cité de la diaspora, nous allons impliquer des opérateurs immobiliers. La commune peut surveiller l’avancement des travaux, mais le maître d’œuvre sera une structure compétente en la matière. Cette démarche doit être suivie, c’est notre souhait. Nous avons localement des services techniques qui pourront aider toute personne désireuse d’investir à Marsassoum. En rapport avec ces services, nous pouvons suivre les projets jusqu’à leur réalisation. Souvent, les gens mettent à l’écart ces services techniques et la commune de Marsassoum ; et quand leur projet échoue, ils crient au scandale. Nous en profitons pour dire à ceux qui veulent faire des dons, de passer par la mairie. C’est la meilleure solution pour avoir moins de difficultés, car il faut que la commune fasse une délibération pour accepter le don. C’est cette délibération qui sera envoyée au niveau de l’administration centrale. Ce document pourrait les exonérer du paiement de la taxe douanière. Malheureusement, les choses ne se passent pas comme cela, parfois nous sommes informés au même moment que les bénéficiaires des dons.
Recueillis par Cheikh Sidou SYLLA



