Trois questions à Moustapha Dramé, secrétaire général et porte-parole de Rewmi/France : «Idrissa Seck doit se montrer comme un leader de l’opposition pour réussir à faire face à Macky»

06 - Janvier - 2017

A Dakar, pour un court séjour, Moustapha Dramé, Secrétaire général et porte-parole de Rewmi de France, a exprimé sa position sur le vote de loi octroyant 15 postes de députés à la Diaspora. Une démarche du régime en place qu’il met dans le compte d’une hérésie démocratique. Face à la situation actuelle du pays ponctuée par des coups bas politiques, M. Dramé conseille à son patron, Idrissa Seck, de se positionner comme leader de l’opposition pour réussir à faire face à Macky Sall.

L’Assemblée nationale vient de voter un projet de loi octroyant à la Diaspora 15 postes de députés, au lieu de 10 comme prévu avant. Comment appréciez-vousé cela, en tant que responsable du parti Rewmi en France ?

Nous pensons que dans la manière et la méthode, c’est une hérésie démocratique. Mais, pour une fois, le Président Sall est arrivé à tenir parole, parce qu’il avait dit qu’il allait faire voter la loi pour mettre en place des députés de la Diaspora. Au moins là, il tient parole. Mais sur la forme et le fond, nous avons des critiques à poser. Sur la forme, attendre à quelques encablures des Législatives pour dire que le nombre de députés de la Diaspora passe de 10 à 15, est surprenant. Sur quelle étude de marché politique s’est-il basé pour prendre une telle initiative ? On se pose des questions et ce sont des interrogations légitimes. Car, on sait que Macky Sall ne fait rien sans rien. On sait qu’il a commencé à préparer sa réélection depuis le premier jour qu’il a été élu Président. Pourquoi passer de 10 à 15 députés pour la diaspora, quand on sait que le budget du Sénégal est totalement boiteux ? Les ressources du Sénégal ne permettent pas de faire face à toutes ces mégalomanies. On est assez endetté. Du point de vue financier, c’est irrationnel. Nous trouvons aussi que c’est une mesure qui n’a pas été concertée avec toutes les forces vives. C’est une méthode qui n’est pas conforme à la démocratie. Nous sentons où Macky veut en venir. Il fallait défalquer les 15 députés pour la Diaspora des 150 d’avant de l’Assemblée. Du point de vue du fond aussi, c’est critiquable. On se pose également des questions sur la répartition des 15 postes de députés accordés à la Diaspora. Comment cette répartition va se faire d’une zone à une autre ? Est-ce que Macky n’a pas déjà travaillé sur une certaine stratégie de façon à orienter les votes ?

On va vers les Législatives en 2017 et la Présidentielle en 2019. Quelles sont aujourd’hui les chances, de façon particulière, de Rewmi en France ?

Rewmi en France est un peu à l’image de Rewmi au Sénégal. A partir du moment où le Président a parlé de l’an zéro pour tout recommencer, ça veut dire que nous partons sur des objectifs qui, initialement, préexistaient, mais aujourd’hui sont reformés sur l’orientation, en fonction de ces échéances. Nos chances à Rewmi sont réelles. Macky a été élu sur la base d’une coalition, il n’est pas interdit aux partis de l’opposition pour faire élire celui qui est le meilleur d’entre eux. Et nous à Rewmi, nous pensons que c’est Idrissa Seck. Nous préparons les Législatives et la Présidentielle, comme si c’était demain. Nous travaillons beaucoup sur la massification du parti. A Rewmi de France, nous sommes actuellement à 19 sections crées, alors qu’il y a deux ans, on n’en avait aucune. Nous avons un bureau élu en France et validé par le Bureau national Rewmi du Sénégal. Nous croyons à nos chances, c’est pourquoi nous nous battons. Dans le travail, il y a une réussite. Et dans cette réussite, il y a un homme qui peut être une étoile, c’est Idrissa Seck.

Quelles doivent être aujourd’hui les nouvelles stratégies et démarches de Idrissa Seck pour faire face à Macky Sall ?

Nous pensons d’abord à une stratégie personnelle. Il faudrait que le Président Idrissa Seck se montre comme un leader de l’opposition. Ça, c’est une stratégie qui se fera sans les autres. C’est à lui (Idy) de montrer qu’il a cette trempe. Il nous faut aussi une stratégie spatiale. C’est-à-dire, il faut que chaque coin du Sénégal sente la présence de Idrissa Seck. Il faut qu’il investisse le Sénégal et la Diaspora. Troisième élément, aucune élection ne peut être gagnée au Sénégal sans coalition. Nous finirons, tôt ou tard, par avoir des coalitions avec des partis d’opposition. Ce sont des stratégies qui peuvent nous aider à atteindre nos objectifs. Il faut, en plus, passer de la sphère du rêve à la sphère de la concrétisation des rêves. Il faudrait connaître les besoins des Sénégalais, investir ces domaines et ne pas attendre les derniers moments. La vraie stratégie, c’est le travail de terrain. Nous sommes conscients que c’est un combat difficile, mais nous sommes prêts à affronter tous les aléas qui s’imposent.

MATHIEU BACALY (L'OBS)

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