Visite du Macky Sall dans le Fouta : « Avenir et Devenir » expose les maux de la région
A quelques jours de la visite du président de la République dans le Fouta, le Mouvement « Avenir et Devenir » tient à lui exposer les véritables maux de Matam jamais avoués par les élus locaux. Du secteur de l’hydraulique à ceux de l’éducation et de la santé en passant par le contrôle douanier, les populations souffrent.
Dans la perspective de faire émerger le Sénégal à l’horizon 2035, Fouta refuse d’être laissé en rade. Et à Matam où le chef de l’Etat est attendu le 8 mars prochain dans le cadre d’une tournée économique, des jeunes du terroir entendent le lui signifier. Portés par le Mouvement « Avenir et Devenir » qui réunit en son sein des immigrés, ils se sont fait le devoir de remonter à Macky Sall ce qu’ils qualifient de « véritables problèmes des populations de cette partie du Sénégal ».
Selon leur président, Adama Bâ, il s’agit, entre autres, du manque d’investissement de l’Etat pour la réalisation de forages, d’écoles, de structures de soins. Mais aussi de l’attitude mesquine des élus locaux qui, dit-il, tournent le dos aux populations et n’avouent jamais la réalité au président Sall. A l’en croire, les populations font plusieurs kilomètres pour étancher leur soif et pour abreuver le cheptel. Les villages de Sinthiou Madina, Gorel Saïdou dans le département de Bakel jusque dans le Ferlo vers Thingolène, Bouldi sont concernés par cet insupportable manque d’eau. Les quelques rares puits font plusieurs dizaines de mètres de profondeur qu’il est impossible pour les hommes et les femmes de faire remonter l’eau. « Si vous n’avez pas un cheval ou une pour tirer la corde et remonter l’eau à la surface, vous mourrez de soif, et le cheptel aussi. Nos parents sont vraiment exténués par les conditions insupportables dans lesquelles ils vivent dans cette partie du Fouta », s’indigne M. Bâ.
Le Mouvement « Avenir et Devenir » demande ainsi au chef de l’Etat de venir en aide à ses compatriotes mal lotis en infrastructures hydrauliques. D’après Adama Bâ, de commun accord avec le consul général du Sénégal à Paris, une lettre avait été adressée au ministre de l’Hydraulique, Monsieur Mansour Faye, pour doter de forages les villages de Matam, Bakel, Ourossogui. La réponse a été que le ministre allait effectuer une descente dans la zone pour voir ce qu’il y avait lieu de faire. « Mais, se désole-t-il, jusqu’à présent, on a encore rien vu ». Et Adama Bâ de dénoncer : « Nos élus locaux ne font rien pour le peuple. Ils viennent spécialement pour demander les suffrages des populations, après quoi, ils disparaissent jusqu’à nouvelles échéances électorales. Ce n’est pas honnête.»
Conditions d’études rudimentaires
Dans le département de Ourossogui, les élèves sont soumis à des conditions d’études rudimentaires. Selon Moussa Dia, émigré en France, membre de « Avenir et Devenir », les élèves se mettent à quatre par table-banc. Une condition inconfortable pour les apprenants qu’il leur est presque impossible de faire de bons résultats, argumente M. Dia. Egalement très actif dans la vie associative à Ourossogui, Ismaëla Sy, émigré en France, déplore l’absence de mur de clôture dans les écoles pour la plupart construites par les fils du terroir. Conséquence, fait-il remarquer, les apprenants côtoient le danger en permanence avec les animaux sauvages ou domestiques qui divaguent dans la cour des écoles. A cela s’ajoute le manque inadmissible de toilettes dans ces établissements scolaires ; ce qui oblige les élèves à déféquer à l’air libre. Ismaëla Sy soutient que les élèves sont grillés sous le soleil faute de toiture dans certaines classes tandis que l’eau n’y est pas propre à la consommation. »
Santé précaire
La santé n’est pas le secteur le mieux loti dans le Fouta. Toujours selon ces jeunes de « Avenir et Devenir », les femmes sont en train de mourir en mettant au monde leurs bébés pendant que les enfants décèdent à cause du paludisme et de l’absence de médicaments dans les postes de santé. A les en croire, le ticket de consultation de 2400 F cfa à l’hôpital coûte cher aux populations, en plus elles n’adhèrent à aucune mutuelle de santé à Ourossogui. Les vieux ne sont pas pris en charge par le plan Sésame. Les postes de santé souffrent d’un manque de matériel et de médicaments. Le deuxième poste de santé construit depuis 2012 au quartier Moderne 2, est jusqu’à présent fermé alors que le besoin est là.
Essoufflement de la diaspora
Les difficiles conditions d’existence des Sénégalais de l’extérieur laissent apparaître de graves répercussions dans le Fouta où les ressortissants manifestent des signes d’essoufflement dans leur volonté de développer leur terroir. Les populations arrivent à s’en sortir grâce au peu de moyens que la diaspora leur apporte depuis l’époque du président Diouf. « Ce sont nos parents et nos aînés établis à l’étranger qui ont construit le lycée de Ourossogui et beaucoup d’autres écoles. Il en est de même pour le forage qui a été construit dans les années 60 par nos parents émigrés. Jusqu’à maintenant, on n’a jamais enregistré l’aide du gouvernement dans ces secteurs », déclare Moussa Dia, fils d’émigré. Devenu lui-même émigré, il confie que les gens de la diaspora ne peuvent plus continuer d’apporter leur contribution à la construction de leur terre d’origine. « L’émigration ne marche pas maintenant, on est fatigué par de nombreuses contraintes qui pèsent sur nos épaules à l’étranger. Les populations dépendaient beaucoup de l’émigration pour vivre, mais ce voyage n’est plus un rêve pour les jeunes du Fouta », renseigne-t-il. A son avis, le gouvernement du Sénégal doit prendre le relais.
Tracasseries douanières à Semmé
Au poste de contrôle douanier de Semmé, village qui se situe en Ourossogui et Bakel, les émigrés revenant de voyage sont confrontés à de véritables tracasseries que le Mouvement « Avenir et Devenir » dénonce. « Quand on revient de Paris, arrivé à ce poste avec des téléphones portables, des vêtements pour les membres de la famille, on nous fait payer. Il y a des douaniers qui demandent au bas mot 200 mille F cfa. Ce qui nous paraît louche, c’est que ces douaniers ne donnent même pas de reçu ou de facture, aucun papier prouvant qu’ils nous ont fait payer. Dans les 34 foyers de Paris où je suis passé pour recenser les Sénégalais qui n’ont pas de carte nationale d’identité et carte d’électeur, les gens du Fouta vous disent qu’ils sont fatigués d’être rackettés par les douaniers de Semmé », dénonce Adama Bâ.
Réalité maquillée
Les membres du Mouvement « Avenir et Devenir » se disent à la fois déçus et très remontés contre les élus- maires et députés. Ces derniers, selon eux sont bien au fait des problèmes des populations mais ont toujours servi une version rassurante au président Sall. Ces élus lui font croire que tout est rose dans le Fouta. Or, disent-ils, rien de tout cela n’est vrai. Ils sont convaincus que les doléances du Fouta n’ont jamais été transmises au chef de l’Etat. Ainsi, ils demandent à rencontrer le président de la République pour lui dire, sans intermédiaire, les véritables problèmes des populations du Fouta afin que des solutions appropriées y soient apportées.
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