ALIOUNE TINE: «AUCUN PAYS D’AFRIQUE Y COMPRIS LE SENEGAL N’EST A L’ABRI DE LA MALEDICTION DU PETROLE»

07 - Novembre - 2018

La question de la bonne gouvernance des ressources Minérales préoccupe les acteurs de la Société Civile. C’est dans ce sens que l’organisation Afrikajom en partenariat avec l’Ong 3D, le Collectif des organisations de la Société Civile pour les Elections (Cosce), et le Plateforme des Acteurs Non Etatiques a tenu hier un atelier sur «les Défis et opportunités de la gouvernance transparente, équitable, inclusive et respectueuse de l’environnement». Cette question, selon le Fondateur d’Afrikajom Alioune Tine, est d’une importance capitale car avec ces ressources, notamment le pétrole, «aucun pays africain n’est à l’abri de la malédiction, y compris le Sénégal».

Pour étudier les modalités d’une bonne gouvernance de nos ressources minérales, des acteurs de la société civile se sont réunis hier à Dakar. Cette rencontre initiée par Afrikajom est, selon son Fondateur Alioune Tine, «une occasion pour examiner avec des experts, des organisations de la Société civile et des spécialistes de tous bords comment nous pouvons aborder la question des défis et des opportunités de la gouvernance transparente, équitable, inclusive et respectueuse de l’environnement des ressources minérales. D’abord la transparence est une question importante dans la mesure où la plupart du temps, les états Africains, qui sont des états qui n’ont pas les moyens et l’expertise, peuvent difficilement savoir ce qu’ils ont comme ressources.

En effet l’évaluation des ressources pour la plupart des états Africains est impossible. De ce point de vue, l’absence de la transparence est déjà sur l’échelle internationale. Pendant très longtemps, les gens ont exploité l’uranium du Niger sans savoir pourquoi. Le pétrole du Congo Brazzaville a été exploité sans que les Congolais aient même pu avoir la possibilité d’aller vérifier ce qui se passait», se désole Alioune Tine. Pour ce qui est de la question des enjeux, il a évoqué la bataille du contrôle des recettes nationales du pétrole. A son avis, c’est cette bataille qui est à l’origine de la malédiction du pétrole, des guerres entre autres violences. «Aucun pays africain n’est à l’abri de cette malédiction, y compris Sénégal. L’impact également de l’extraction des ressources n’est pas sans effet sur le plan économique, sur le plan social et même sur le plan écologique. Toutes ces questions sont abordées, dans la mesure où on parle du Forum de la Sécurité à Dakar.

En réalité quand on parle de la sécurité, cela veut dire tout simplement que nous travaillons sur les symptômes des manifestations les plus tragiques, sur les guerres, dont les causes profondes sont celles que nous abordons. Donc c’est une façon pour nous de donner notre contribution sur le Forum de la sécurité de Dakar», a indiqué le Directeur d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Selon lui, les défis à relever pour mieux gérer ces ressources sont nombreux, «parmi eux, il y a le syndrome Hollandais qui consiste à négliger les autres ressources qu’on a, à cause du pétrole. Il y a aussi les difficultés causées par l’exploitation du pétrole avec la pollution des mers et des forêts, ce qui fait que l’agriculture et la pêche deviennent impossibles. Ça peut avoir aussi des impacts sur la démocratie. Donc cette question mérite d’être examinée au Sénégal. Et quand nous aurons terminé les ateliers, nous allons entamer des plans d’actions pour sensibiliser les populations», fait-il savoir.

Par ailleurs, il a abordé la question des minerais de fer de la Falémé. A ce propos, il souligne : «Je ne veux pas entrer dans le fond de ce débat, mais le grand débat c’est effectivement que toutes les questions des contrats ne soient pas seulement l’affaire de l’administration. Il faut également que toutes les institutions démocratiques soient impliquées. Le grand problème que nous avons en Afrique, c’est que s’il y a des ressources, ce sont les Chefs d’états avec leurs petits groupes qui décident de tout. Mais de mon point de vue, il faut effectivement que les décisions soient participatives, que ça fasse un débat, sinon c’est très compliqué. Parce que les ressources appartiennent au peuple. Donc il faut qu’il ait son mot à dire», tonne-t-il.

L'As

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