DE L’ESPOIR À LA DESILLUSION: L’ECHEC DES FRÈRES SIAMOIS AU POUVOIR (PAR IBRAHIMA THIAM)

15 - Mars - 2026

Le bilan préoccupant du gouvernement dirigé par Ousmane Sonko s’impose aujourd’hui comme une évidence pour de nombreux Sénégalais. Près de deux ans après l’alternance qui a porté Bassirou Diomaye Faye à la présidence de la République, les résultats tardent toujours à se matérialiser, tandis que les difficultés économiques et sociales demeurent entières.

Parmi les réformes mises en avant par le gouvernement figure celle relative à la question de l’homosexualité. Ce débat sociétal, important pour une partie de l’opinion, a été présenté comme un marqueur politique majeur de l’action gouvernementale. Toutefois, dans un contexte marqué par le chômage des jeunes, la cherté de la vie et les fortes attentes en matière de réformes économiques, beaucoup de Sénégalais espéraient également des avancées concrètes sur les questions sociales et économiques qui affectent directement leur quotidien.

À ces attentes encore insatisfaites s’ajoute un autre spectacle qui inquiète profondément l’opinion : celui d’un exécutif qui se déchire au grand jour. Les tensions entre le Premier ministre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye ne relèvent plus de simples rumeurs de coulisses. Elles apparaissent désormais publiquement et donnent l’image préoccupante d’un sommet de l’État miné par les rivalités et les calculs politiques.

Au lieu de se consacrer pleinement aux urgences du pays, le pouvoir donne le sentiment d’être absorbé par ses propres luttes internes. La solidarité affichée au sommet de l’État laisse progressivement place à des divergences visibles qui fragilisent l’action gouvernementale.

À observer les signaux qui se multiplient, on a parfois le sentiment d’assister à une étrange séquence politique : celle d’un couple au pouvoir qui semble d’abord acter une séparation de corps devant la nation, avant de chercher les arrangements d’un divorce qui paraît déjà inscrit dans les faits. Une telle situation affaiblit l’autorité de l’État et nourrit le doute sur la capacité du gouvernement à conduire le pays avec la cohérence et la stabilité dont il a besoin.

Les débats récents autour du secteur pétrolier révèlent également les approximations qui entourent certaines communications gouvernementales. Contrairement à ce qui a été suggéré, le projet Yakkar–Teranga n’a pas été « repris » par l’État sénégalais : les compagnies pétrolières se sont simplement retirées faute de trouver un montage financier viable pour un gisement nécessitant plusieurs milliards de dollars d’investissement.

Dans le même temps, le pays semble perdre en attractivité auprès des bailleurs de fonds et des investisseurs étrangers. L’incertitude dans la communication gouvernementale, les remises en cause répétées de certains cadres contractuels et le climat d’instabilité politique nourrissent un doute croissant chez les partenaires économiques du Sénégal, alors même que le pays a besoin d’investissements massifs pour soutenir sa croissance et développer ses secteurs stratégiques.

Pour ma part, cet échec n’a rien de surprenant. J’avais déjà alerté sur les risques de désillusion qui attendaient nos compatriotes en confiant les rênes de l’État à ce tandem politique. Dans mon ouvrage Diomaye - Sonko, les frères siamois, j’attirais l’attention sur les fragilités et les ambiguïtés d’un pouvoir construit autour d’une alliance dont les contradictions internes pouvaient, tôt ou tard, apparaître au grand jour.

Aujourd’hui, les faits semblent malheureusement confirmer ces inquiétudes. Lorsqu’un pouvoir manque à la fois de vision, de cohérence et de résultats, c’est toujours la nation qui finit par en payer le prix.

Ibrahima Thiam, Président du parti ACT

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