INSTABILITE POLITIQUE : LES CONSEQUENCES SUR LA TABASKI

15 - Juin - 2023

A deux semaines de la Tabaski qui se tiendra le 29 juin, les éleveurs des régions de Louga, Diourbel ou Thiès redoutent d’emmener leurs bêtes jusqu’à la capitale depuis les affrontements qui ont opposé militants et forces de l’ordre les 1er et 2 juin. Les heurts ont éclaté après la condamnation à deux ans de prison ferme de l’opposant Ousmane Sonko, qui dénonce un complot du pouvoir pour l’écarter de la présidentielle de février 2024.
« Nous demandons au gouvernement de permettre aux éleveurs de rentrer leurs animaux dans la capitale en toute sécurité. Les politiciens doivent faire en sorte que chaque habitant puisse avoir son mouton pour la Tabaski », ajoute Modou Diouf, inquiet de ne pouvoir répondre à la demande. Le ministère de l’élevage estime que 810 000 moutons sont sacrifiés dans tout le pays lors de la Tabaski, dont 200 000 uniquement à Dakar.
« Nous manquons de moutons, cela risque de faire monter les prix », s’inquiète Paco, un autre vendeur. « La situation s’est calmée, mais ce n’est pas terminé car le problème n’est pas résolu », s’inquiète son voisin, Momar Diouf, qui abrite cette année une centaine de moutons devant le marché de Soumbédioune, alors qu’il en a habituellement entre 500 et 800.
La situation reste volatile dans la capitale. D’une part parce que le ministre de la justice a annoncé que l’exécution de la peine d’Ousmane Sonko pouvait arriver « à tout moment ». D’autre part parce que la classe politique attend de savoir si Macky Sall se prononcera sur une éventuelle candidature pour un troisième mandat.
« C’est la responsabilité du gouvernement et du président de la République, qui doit faire une déclaration pour un réel retour au calme. Il doit dire qu’il ne fera pas de troisième mandat, qu’il laissera Ousmane Sonko tranquille et qu’il organisera des élections libres où tout le monde peut participer », estime le commerçant. Lors du conseil des ministres du mercredi 7 juin, le chef de l’Etat a annoncé qu’il ne prendrait pas la parole avant la fin du dialogue national en cours, c’est-à-dire pas avant le 25 juin.
« Nous demandons des garanties de sécurité à l’Etat et nous demandons à l’opposition et à la société civile de prendre ses responsabilités en arrêtant d’appeler à manifester », lance Ismaïla Sow, président du Conseil national de la maison des éleveurs du Sénégal, qui négocie avec les éleveurs pour les convaincre de venir dans les zones urbaines. « Si des émeutes éclatent, celui qui a une boutique peut la fermer, celui qui a une table range ses affaires, mais les moutons qui sont exposés dans la rue ne peuvent pas être mis à l’abri », s’inquiète le professionnel, qui appelle à la prudence.
Avec Lemonde

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