Mélenchon : avec Fillon, Macron et Le Pen, "vous allez cracher du sang"

13 - Avril - 2017

En meeting à Lille, le candidat de La France insoumise s'est montré très revanchard. Dans son viseur : les attaques de Macron et la une du "Figaro".

« Qu'il n'en déplaise aux puissants, la victoire peut être la nôtre. » Jean-Luc Mélenchon s'adresse un instant à la masse devant l'écran géant, restée en dehors du Grand Palais de Lille faute de place. Les « puissants » justement, c'est eux qu'il vise dans son discours prononcé devant 15 000 personnes. Sa remontée fulgurante des derniers jours dans les intentions de vote l'ont placé sous le feu de la rampe : potentiel troisième homme, et potentiel candidat de second tour.

Naturellement, il est devenu la cible de ses adversaires. Le tribun s'est donc appliqué à adresser une réponse personnalisée à chacun de ses détracteurs. Le Figaro, Emmanuel Macron, Pierre Gattaz… Il y en a pour tout le monde.

À Lille, le candidat commence par féliciter « les hackers du Gorafi qui ont réussi à s'emparer de la une du Figaro ». Le journal, propriété de Serge Dassault, sera le premier visé par la verve de Jean-Luc Mélenchon qui n'a guère apprécié son long dossier critique du 12 avril intitulé « Le délirant projet Chavez français ». « Ils manquent d'imagination, plaisante-t-il. En 2012, ils avaient écrit le petit Chavez français ». Et le candidat de moquer l'éditorial de Paul-Henri du Limbert, dans lequel il est surnommé « Maximilien Ilitch Mélenchon » [pour Maximilien Robespierre et Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, NDRL]. « Vous vous imaginez que moi je l'appelle Donald Salman machin chose ? Donald comme Trump, puisque c'est une grande armada. Et Salman, puisque c'est le nom du prince régnant en Arabie saoudite qui achète des avions au propriétaire de ce journal. »
« Vous êtes en train de vous faire bourrer le crâne »

Last but not least, Mélenchon répond aux articles évoquant l'affolement des marchés dans la perspective de son arrivée au pouvoir.

« Ils cherchent à vous faire peur, à vous impressionner, pour que le bruit se répande qu'il y aurait une catastrophe. Demain il pleuvra des grenouilles ! […] Fondamentalement, ils vous prennent pour des imbéciles, ils vous méprisent. » Selon lui, « les plus malheureux » sont les journalistes, qui « pensent qu'ils font un journal » et « se retrouvent avec un tract ». « Vous croyez que vous êtes en train de lire ? Non, vous êtes en train de vous faire bourrer le crâne. »
Macron a rendu sa carte pour aller à la banque Rotschild
Le tribun est lancé. Tout le monde en prend pour son grade. Fillon ? « Il est tellement mauvais, qu'avec sa paye, il n'arrive pas à faire des économies. » « Dégagez ! » lui répond la foule. Pierre Gattaz ? « La plus grosse glande lacrymale du pays. » Mais c'est Macron qui concentre la plupart de ses vociférations. En meeting à Besançon mardi soir, l'ancien ministre de l'Économie l'avait attaqué devant deux mille personnes : « Le révolutionnaire communiste, il était sénateur socialiste quand j'étais encore au collège ! Que veut-il nous faire croire ? » Mélenchon rétorque : « La différence d'âge n'est pas un argument pour se mépriser. » Il rappelle qu'en 2008, tous deux ont quitté le PS au même moment. « Moi, j'ai rendu ma carte pour rester fidèle à mon idéal et reprendre le combat. J'avais 57 ans, lui 31. Il a rendu sa carte pour aller à la banque Rotschild. »
Le peuple contre les puissants

Le candidat enchaîne sur le refrain de l'opposition du peuple et des « puissants » qui« vous parlent de haut avec arrogance », se « fichent des gens qui meurent de maladie professionnelle », détruisent « le système universitaire français », ont « une indifférence en béton armé à la nature »… Il enchaîne et accuse Macron, Le Pen, et Fillon de tous les maux. Sur l'augmentation du temps de travail proposée par ses adversaires, il lance : « Si vous élisez un de ces trois-là, vous allez cracher du sang ! Leur calcul, c'est l'ubérisation généralisée, le travail à la tâche, le Moyen Âge. »
Et Mélenchon de motiver la foule : « Vous allez régler vos comptes avec des bulletins de vote. […] Allez les gens, secouez-vous un bon coup ! » Le candidat sait que la dynamique lui est favorable. Il compte sur une mobilisation sans précédent pour ramener à lui les électeurs pas tout à fait sûrs de son vote. Manuel Bompard, son directeur de campagne, affirme qu'il « en reste à convaincre » : « Dans les dernières enquêtes d'opinion, un tiers dit ne pas avoir fait son choix. Notre objectif est de nous adresser aux indécis. »

La stratégie est de ne surtout pas apparaître clivant comme en 2012. Adieu le rouge sur les affiches, adieu L'Internationale à la fin du meeting, adieu « le bruit et la fureur ». Mélenchon l'a dit lui-même dans son discours : « Ce que nous avons à faire n'est pas un congrès de parti. Nous devons entraîner le peuple français tout entier dans une direction entièrement nouvelle. On prend tout le monde. » Et le candidat de citer le poème Le Château des pauvres de Paul Éluard et de conclure : « Nous sommes invincibles. »

Lepoint

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