RESTE AUCHAN, MAIS VA AUX CHAMPS !

11 - Juillet - 2018

On peut comprendre les revendications des sénégalais qui aspirent de plus en plus à se libérer de la mainmise de la France sur l’économie du pays, au nom du patriotisme économique, dans tout ce qu’il a de salvateur pour le développement économique d’un pays.

Mais, demander à une entreprise privée qui a investi plusieurs milliards sur un marché pour répondre aux besoins et attentes spécifiques de potentiels clients de quitter le Sénégal, n’est rien d’autre que de l’esbroufe.

Nous vivons à l’heure de la mondialisation qui est une formidable opportunité pour toute entreprise.
Ainsi n’importe quelle société a le pouvoir de se délocaliser où elle veut, vendre ses produits où elle veut, ouvrir ses filiales où elle veut et investir où elle veut dans ce grand village de rêve de Marshal McLuhan devenu en réalité, « un village planétaire ». Cette mondialisation ne doit pas être acceptée parce qu'elle s'imposerait à nous comme une fatalité mais parce que ses conséquences sont bonnes pour les entreprises locales du Sénégal et pour l'économie de notre pays en général.

Aguiller la problématique de la présence d’Auchan au Sénégal sur cet angle, nous permettrait d’éviter cette sarabande ubuesque de comédiens narcissiques déguisés en « messies sauveurs du Sénégal » sans aucune connaissance des réalités macro-économiques et géostratégiques qui régissent le monde. « L’enracinement et l’ouverture » dont nous parlait SENGHOR n’est pas seulement culturel, il est aussi économique et s’impose à nous aujourd’hui.

L’association qui porte la lutte contre Auchan existe depuis 1989. Durant toutes ces années, aucune innovation pouvant répondre aux besoins explicites et latents des consommateurs sénégalais n’a été constatée. Il a fallu attendre l’ouverture de quelques grandes surfaces pour savoir qu’elle existait durant toutes ces années, une association nommée UNACOIS dont la mission principale est de « promouvoir les PME et les TPE par l’encadrement et la mise en place de services répondant aux besoins et attentes des consommateurs ». Quel service ?

Nous sommes pour la présence d’Auchan au Sénégal et de toute entreprise chinoise, mongole, japonaise, congolaise, tant qu’elle apporte plus d’innovation, de concurrence positive et permet de répondre aux attentes des consommateurs. Oui, l’ouverture à la concurrence contribuera à élargir l'offre pour les consommateurs, à faire baisser les prix et à améliorer la qualité des biens et services pour les sénégalais.
Cette présence d’Auchan au Sénégal doit être perçue comme une opportunité de création d’autres entreprises locales pour leur fournir les biens et services dont elles ont besoin.
A L’Etat de mettre en place les politiques et restrictions nécessaires pour les obliger à s’approvisionner à travers des circuits-courts auprès des agriculteurs locaux. Oui, reste Auchan, Mais va aux champs ! Va voir les agriculteurs des Niayes qui font de l’agriculture urbaine et du bio ! Va voir les femmes de Mbélacadiao qui élèvent les poulets en plein air ! Crée de l’emploi, forme les jeunes et approvisionne-toi sur le marché local !

Quant à nous jeunes sénégalais, l’heure est venue d’adopter la logique du «Besoin- solution-création d’entreprise » car la meilleur manière d’avoir un emploi est de le créer.
Au lieu de nous enfermer sur nous et d’exclure les autres, prenons l’ouverture à la concurrence comme une formidable opportunité de création de nouvelles entreprises, de nouveaux emplois et de nouveaux services qui répondent aux besoins de plus en plus exigeants des « consomm-acteurs » et nous oblige à devenir des « consomm-auteurs ».

Mbaye SENE,
Secrétaire à l’Organisation et à la mobilisation du Mouvement des Jeunes Socialistes du Sénégal en Europe
Responsable Organisation, Méthode et Performance d’Emmaus Habitat
Diplômé d’AgroParistech
(À apparaitre dans la Revue Senghor N°3)

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