Sénégal : les primaires se jouent au tribunal

09 - Mars - 2017

"En politique rien n’arrive par accident. Si quelque chose se produit vous pouvez parier que cela a été planifié de cette façon", Franklin Delano Roosevelt.

Avec l’approche des élections législatives et présidentielle, l’on assiste d’un coté à une embardée de la machine de campagne du régime en place, portée par des discours injonctifs à peine voilés du genre << si on perd les législatives bon nombre d’entre nous vont aller au chômage>> , et à un ballet de procès devant les tribunaux de l’autre coté, à l’encontre de ténors de l’opposition pressentis comme sérieux challengers. Dans ce plan -cadre électoral abusif Khalifa Sall et Abdoul Mbaye vont se succéder en l’espace d’une semaine au tribunal, le premier pour être auditionné par la Dic sur la gestion de la caisse d’avance de sa municipalité et le second en raison de son divorce, en passe d’être plus populaire que celui des stars de Hollywood. Quelle coïncidence !
Cela ressemble comme le disait Coluche, à la politique des russes : "un homme de fer à la tête de l’Etat et tous les autres en taule."

Ces cas ont en commun plusieurs choses qui devraient amener tout le monde à se poser des questions :

- 1) L’acte de schisme politique qui en est le point de départ, pour ses sérieux challengers au régime quant aux joutes à venir.
- 2) L’exagération des motifs pour lesquels ils sont respectivement sujets à des tracasseries, qui pour le fonctionnement coutumier d’une caisse d’avance, qui pour un divorce pris dans la gueule de la politique de caniveau.
- 3) La médiatisation à outrance, orchestrée à seule fin de décrédibiliser les rivaux qu’ils sont aux yeux de l’opinion publique, aux lieu et place d’informer tout simplement. Ne dit-on pas que la fonction fondamentale des mots est d’entraver la communication ? Son rôle réel ne serait que de se saisir de quelque chose de vraiment banal, dont personne ne se serait intéressée, pour fallacieusement la tourner en une histoire si passionnante et impressionnante, qu’il nous devient par la suite quasi impossible de ne pas lui donner du crédit.

Le schisme politique, la pilule amère du pouvoir.
Abdoul Mbaye fut le premier Premier Ministre de l’ère Macky Sall, Khalifa Sall, Bartélémy Dias, Bamba Fall et autres, lui étaient également des alliés de taille dans Bennoo Bokk Yaakar. Qu’en l’espace d’un mandat, ils soient tous devenus des opposants farouches du régime est intriguant.
Qu’est-ce qui cause autant de désenchantement au sein du Parti au pouvoir ? - C’est là la question intéressante que le président doit se poser objectivement et tenter de voir si ce phénomène n’affecte en rien la collectivité. C’est plus sûr que d’aller droit dans le mur et traiter toutes affaires de la communauté sénégalaise comme siennes, comme si l’on était tous, citoyens sénégalais, sujets à une aboulie. Gare au fléau du schisme politique à la veille des élections ! Tous les pouvoirs on le sait ne peuvent résister à la tentation d’influencer les élections, mais face au désenchantement lorsqu’il tourne en épidémie sociale, il n’y a rien qu’un pouvoir puisse faire si ce n’est une velléité de s’imposer par la tyrannie - Dieu nous en préserve.

L’exagération des motifs :
Est-ce possible qu’un époux en procédure de divorce se retrouve devant le tribunal de grandes instances sans qu’aucune plainte au préalable n’ait été déposée contre lui ? - il n’y a plus intérêt à se poser la question, ce cas de hold-up politique d’un divorce est bel et bien en passe de devenir une jurisprudence, s’il n’y a pas un sursaut d’experts et fonctionnaires de la justice, pour sauver l’institution judiciaire.
Les cas de divorce sont connus par les juges du tribunal départemental. Le juge à pour mission de tenter la réconciliation du couple dans un premier temps et faute d’y parvenir, il doit avoir pour ultime souci l’intérêt des enfants du couple au moment de prononcer le divorce, aux torts de l’un ou de l’autre, ou aux torts partagés. Ainsi doit - il mettre fin à la tragédie qui se joue dans le foyer commun et permettre à chacun des protagonistes de tourner la page. C’est ça l’essentiel. Alors comment avec de telles dispositions si bienveillantes nous sommes nous retrouvés pris dans une série de reality show du genre "famille kardashian" avec tous les ingrédients de faux, usage de faux et escroquerie, qui livre en pâture des familles réputées pour leur bienséance ? - En tout cas l’opinion générale n’est pas convaincue qu’il s’agisse là d’une affaire dépourvue de connotations politiques.
S’agissant de l’escroquerie évoquée, je me contente de vous livrer la définition qu’en donne le code pénal en son article 379 :
- quiconque soit en faisant usage de faux noms ou de fausses qualités, soit en employant des manœuvres frauduleuses quelconques se sera fait remettre ou délivrer, ou aura tenté de se faire remettre ou délivrer des fonds, des meubles ou des obligations, dispositions, billets, promesses, quittances ou décharges, et aura par un de ces moyens, escroqué ou tenté d’escroquer la totalité ou partie de la fortune d’autrui, sera puni d’un emprisonnement.....
A chacun de juger, a qui veut d’épiloguer, aux concernés de prouver l’escroquerie telle que limitativement définie devant les tribunaux.

Pour le cas du maire Khalifa Sall. Inutile de rappeler à qui que ce soit qu’il existe depuis longtemps des fonds politiques, des fonds d’avance, des fonds destinés à payer les souteneurs, des fonds destinés à des billets pour la Mecque, des fonds de propagandes, des fonds à n’en plus finir et tout ce qu’on en sait c’est qu’ils sont tous nébuleux. Gageons que l’on a ouvert là la boite à Pandore. Ces fonds on va en entendre parler encore et encore, maintenant que le pouvoir n’en fait plus un tabou.

La médiatisation à outrance :
Dans cette culture de haut débit de commérages gratuits et faciles que nous vivons, bien inspiré fut le pouvoir qui s’est emparé par tous moyens, des brides des média et s’est positionné en selle sur son dos. Il sait bien les manipuler et en ce moment parions qu’il les tient à bride abattue : les gros titres sulfureux de journaux, photos choisies à l’appui, les animateurs et journalistes audio opportunistement ivres de sarcasmes et enfin les conférences de presse aux relents acrimonieux pour le moins et grossièrement menaçants, nous en disent long. Jeter l’équivoque dans l’esprit des gens quant à la bonne réputation bien établie de certains citoyens - une supercherie bien connue il y a belle lurette, est la seule motivation derrière tout cela. Mais attention ! L’échec de cette supercherie on le sait, renforce à contrario la conviction de la communauté sur le bien fondé de la réputation de ceux qui sont victimisés.
L’espoir d’une société apaisée, de justice, de prospérité et de liberté apte à favoriser un débat contradictoire fécond est la motivation majeure de la communauté, quand il porte par des élections, un groupe à sa tête, avec un lot de privilèges et de pouvoirs, à lui conféré. Alors si ce que Franklin Roosevelt a dit est vrai, autant pour la communauté avoir ses élus focalisés sur cet espoir nodal de leur raison d’être.

Ibe Niang Ardo

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