Transition vers la monnaie éco :pourquoi les pays anglophones se sont rebiffés

17 - Janvier - 2020

Le Nigeria et plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, notamment anglophones, ont dénoncé jeudi 16 janvier, à Abuja, la décision prise par les huit pays de l'Uemoa majoritairement francophones de remplacer le franc CFA par l'éco, affirmant qu'elle n'était « pas conforme » au programme adopté récemment par l'ensemble de la région pour mettre en place une monnaie unique.

Les six pays de la Zone monétaire ouest-africaine (WAMZ) ont « noté avec préoccupation la déclaration visant à renommer unilatéralement le franc CFA en éco d'ici à 2020 », selon un communiqué publié à l'issue de cette rencontre extraordinaire entre les différents ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales. La WAMZ est composée du Nigeria, du Ghana, du Liberia, de la Sierra Leone, de la Gambie et de la Guinée (Conakry), qui ne fait pas partie de la zone CFA. Ces pays estiment que « cette action n'est pas conforme aux décisions » de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) en vue de « l'adoption de l'éco comme nom de la monnaie unique » de toute la région, dont l'idée est débattue depuis bientôt 30 ans.

Ils « réitèrent l'importance pour tous les membres de la Cedeao d'adhérer aux décisions de l'autorité des chefs d'État et de gouvernement de la Cedeao concernant la mise en œuvre de la feuille de route révisée du programme de monnaie unique ». Un sommet réunissant les chefs d'État de la WAMZ est prévu « bientôt » pour décider de la conduite à venir, précise le communiqué final.

Les pays anglophones ont pu voir, derrière ce changement de nom, une simple réforme du franc CFA, bien loin des ambitions initiales de monnaie unique qui rassemblerait toute l'Afrique de l'Ouest.

Le Nigeria, poids lourd économique de la région – il pèse à lui tout seul près de 70 % du PIB de la Cedeao –,  n'a jamais caché ses réticences au principe même d'une monnaie unique. Sa ministre des Finances, Zainab Shamsuna Ahmed, a répété à maintes reprises que les pays ouest-africains n'étaient pas prêts à une quelconque union monétaire, tant qu'ils ne respecteraient pas les critères de convergence : un déficit budgétaire n'excédant pas 3 %, une inflation à moins de 10 % et une dette inférieure à 70 % du PIB. Or, à ce stade, seul le Togo répond à ces exigences.

Pour Tokunbo Afikuyomi, du cabinet d'analyse économique Stears Business, basé à Lagos, la décision de rebaptiser le franc CFA en éco pourrait être une manière pour les pays comme la Côte d'Ivoire de « prendre le leadership régional » en sachant que le Nigeria ne suivrait pas. « À l'heure actuelle, le gouvernement nigérian n'a pas la volonté politique de mettre en place cet éco. Pour ce pays, cela signifierait perdre le contrôle de sa politique monétaire » avec la création d'une banque centrale d'Afrique de l'Ouest, explique le spécialiste à nos confrères de l'AFP.

Avec AFP

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

28 - Avril - 2026

Ousmane Sonko lance une vaste réforme des subventions publiques

Le gouvernement s'attaque à la gestion de ses subventions publiques. Le Premier ministre Ousmane Sonko a lancé une réforme d'envergure visant à améliorer...

28 - Avril - 2026

UN COMITE D'EXPERTS POUR SAUVER AIR SENEGAL ET L'AIBD

L'État franchit une nouvelle étape dans le processus de restructuration d'Air Sénégal international et de l'AIBD SA. Le Premier ministre Ousmane Sonko a installé...

30 - Mars - 2026

Cajou : Les professionnels du sud appellent pour une union sacrée pour booster la filière

La capitale du Fouladou a abrité, du 24 au 26 mars 2026, un atelier crucial pour l’avenir de la filière cajou. Portée par le Projet Agropole Sud et l’Icas, cette...

26 - Mars - 2026

Bénéficies, emplois, importations… : Ce que rapporte la filière banane au Sénégal

Le gel des importations de bananes, appliqué entre septembre et décembre 2025, a eu un impact globalement positif sur la production nationale. Dans un entretien accordé au...

25 - Mars - 2026

New deal technologique: Ousmane Sonko promet l'internet gratuit pour 1 million de citoyens et un débit de 20 Gbps

Le Premier ministre Ousmane Sonko a présidé, ce mardi 24 mars 2026, le lancement des projets structurants du « New Deal technologique », marquant une...