PROPOS DE MERCREDI : FAUDRA-T-IL REMERCIER MACKYAVEL ?

30 - Janvier - 2019

Visiblement, l’électeur sénégalais ne tient pas à modifier son raisonnement classique, ayant révélé son efficacité en 2000 et 2012 : rien ne sert de courir avant la date du scrutin, il faut agir à point, le 24 février, en utilisant à bon escient son bulletin de vote. Ce raisonnement populaire est certes contredit par les préparatifs frauduleux en cours, visant notamment à empêcher le vote de milliers d’électeurs en changeant subrepticement leurs lieux de vote. Mais seule l’expérience vécue le 24 février pourra édifier les électeurs et les amener à changer d’attitude.
Les démocrates ne peuvent donc que gagner à faire, avec les populations, l’expérience de la bataille des urnes, car le braquage électoral de Mackyavel entraînera des forces encore plus décisives dans la rue. Autrement dit, en même temps que les journées de résistance nationale, poursuivre le corps-à-corps dans les isoloirs et dans les urnes. Cette démarche complexe mais rationnelle présente l’avantage de consolider l’unité des forces de résistance et de garantir le succès des puissantes actions collectives à mener avant, pendant et après le 24 février.
A juste titre, la participation au vote est réputée l’arme imparable contre la fraude électorale. Un taux de participation important réduirait les 35% de Mackyavel à leur plus simple expression, et ôterait toute apparence de crédibilité au coup d’Etat électoral en préparation. Une forte abstention aurait l’effet contraire. C’est bien pourquoi Mackyavel s’échine à dégoûter et décourager les électeurs en mettant en scène ses sordides opérations de débauchage de transhumants. Pour faire croire que les jeux sont faits et qu’il réussira de toute façon à voler la victoire.

La preuve de la peur
L’agitation nocturne du candidat sortant est le meilleur sondage du rapport des forces politiques.
Malgré les complots judiciaires, l’élimination des candidats de l’opposition les plus en vue, la neutralisation des organes de régulation, les milliards dépensés dans la corruption électorale, la violence des tontons mackoutes, cette frénésie est la preuve de la peur qui habite le clan marron. Peur surtout de rendre les comptes d’une gouvernance brutale et corrompue.
Mais cette peur est alimentée aussi par le constat évident que les subterfuges et autres stratagèmes mis en œuvre jusqu’ici illustrent parfaitement la théorie des « actions non-logiques » chère à Pareto. Des actions fondées sur des croyances et intentions irrationnelles et qui entraînent des résultats différents et parfois inverses de ceux attendus. En voulant affaiblir l’opposition, Mackyavel l’épure de ses taupes et la fortifie. En croyant l’écraser par la répression, il forme une nouvelle génération de combattants. En éliminant arbitrairement des candidats, il facilite la constitution de deux grands pôles de candidature de l’opposition, un vieux souhait qui serait probablement resté un vœu pieux sans ses manigances. Faudra-t-il demain le remercier pour ces bienfaits involontaires ?
Il reste seulement, pour ceux des opposants que la chance ou le Destin a favorisés, à s’armer de l’humilité indispensable pour rassembler et donner confiance à tous.

Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien député
Secrétaire général du Mps/Selal

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

14 - Février - 2026

AFFAIRE FARBA NGOM : QUAND LA LIBERTE PROVISOIRE DEVIENT UNE ILLUSION JUDICIAIRE

Il est des affaires qui dépassent les individus pour devenir des révélateurs de l’état réel d’une démocratie. L’affaire impliquant le...

14 - Février - 2026

FRDS DIASPORA ET LA TENTATIVE D'USURPATION DES ROUBLARDS (PAR Pape SARR)

Tant que les roublards et autres usurpateurs de la diaspora existeront, rien de probant et de bénéfique ne sortira des Sénégalais de l’Extérieur. Il faut...

13 - Février - 2026

Traité mondial sur les plastiques : un nouveau revers diplomatique pour le Sénégal (Par Amadou Diallo)

Depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau régime, la diplomatie sénégalaise enregistre une série de contre-performances qui interrogent sur la capacité...

13 - Février - 2026

Ousmane Sonko, Premier ministre : une responsabilité à assumer pleinement (Par Ibrahima Thiam)

Je constate qu’Ousmane Sonko installe, jour après jour, une pratique du pouvoir qui remet en question le fonctionnement même de l’exécutif. Il incarne un chef de...

13 - Février - 2026

Renforcement de l'Autorité de l'État : Les directives de Diomaye Faye aux Gouverneurs

Le Président de la République, Son Excellence Bassirou Diomaye Faye, a présidé une réunion stratégique avec les Gouverneurs de région au Palais,...