FRANCE-LYCEE EN DANGER (PAR PROFESSEUR-ECRIVAIN MOMAR-SOKHNA DIOP)
Pour une école publique à la hauteur de ses missions
L’éducation est à la une de l’actualité. Les blocages organisés par les élèves expriment leur ras-le-bol face au manque de professeurs, à la dégradation des établissements et des conditions de travail, ainsi qu’à des classes toujours plus surchargées.
Ils dénoncent également le silence de l’État et de ses structures décentralisées : les départements pour les collèges et les régions pour les lycées.
Cette situation est déplorable. J’avais pourtant alerté les autorités compétentes. Dans mon ouvrage « Enseigner en banlieue », paru en 2015 aux Éditions Chronique sociale, j’avais recommandé aux ministres Jean-Michel Blanquer et Pap Ndiaye de prendre à bras-le-corps l’accompagnement des jeunes des banlieues. J’ai été très partiellement entendu.
Ces deux ministres ont notamment mis en place des classes à effectifs réduits. Cette mesure a permis d’offrir un accompagnement plus personnalisé aux jeunes en difficulté y compris à ceux dont le comportement est parfois difficile, nombreux dans ces territoires où vivent des populations défavorisées. Grâce à ces mesures, même limitées, les résultats aux examens se sont améliorés, les tensions ont diminué et les enseignants ont été moins souvent en arrêt. Grâce à la prime de fidélité 93, les équipes pédagogiques ont également gagné en stabilité.
Il est donc urgent de renouer avec l’école publique de la République, celle qui a permis à de nombreux citoyens de gravir l’échelle sociale. Philippe Meirieu nous rappelle que l’État, les collectivités territoriales, les familles, les personnels et les élèves doivent tous jouer pleinement leur rôle et s’impliquer dans l’élaboration de politiques éducatives dignes, qui ne soient pas soumises aux aléas de l’électoralisme. Or, aujourd’hui, chaque responsable semble récupérer et instrumentaliser le mécontentement des élèves et des enseignants.
Il est urgent de dépasser les clivages politiques et les conflits idéologiques afin de trouver des consensus qui ne soient pas remis en cause à chaque alternance politique. C’est ainsi que le système éducatif pourra évoluer et progresser avec cohérence et dans la durée.
En résumé, il faut rénover les établissements pour les rendre attractifs et donner aux élèves l’envie d’aller à l’école. Il est également urgent d’augmenter les dotations horaires globales afin de favoriser les dédoublements et les classes à effectifs réduits. C’est un levier essentiel pour accompagner les jeunes issus de milieux défavorisés vers la réussite.
La formation des professeurs est tout aussi indispensable. Il est inacceptable de placer une personne devant des élèves sans l’avoir formée au préalable. Quant à la rémunération des enseignants, elle doit être revalorisée et alignée sur la moyenne européenne, sans attendre.
Enfin, la prime de fidélité doit être prolongée afin de stabiliser davantage les équipes. Sans cela, les personnels les plus expérimentés continueront de quitter en masse les territoires qui ont le plus besoin d’eux.
Voilà, en résumé, quelques idées qui, je l’espère, pourront contribuer à ramener le calme et à trouver des solutions efficaces.