Redoublement, groupes de niveau, réforme du brevet... Ce qu'il faut retenir des mesures annoncées par Gabriel Attal

06 - Décembre - 2023

Comme les évaluations nationales des élèves de quatrième, le rapport Pisa de l'OCDE, publié mardi, pointe une baisse du niveau des jeunes Français, en particulier en mathématiques.
Il souhaite "un véritable électrochoc." Quelques heures seulement après la publication de l'enquête Pisa de l'OCDE, qui pointe en France une baisse "historique" du niveau des élèves de 15 ans en mathématiques, et des résultats guère meilleurs en compréhension de l'écrit, Gabriel Attal a détaillé un ensemble de mesures, mardi 5 décembre, depuis un collège à Paris.


Le ministre de l'Education nationale les avait déjà énumérées dans un mail adressé aux enseignants dans la matinée, que franceinfo a pu consulter. Elles sont notamment tirées des travaux d'une mission lancée début octobre, et d'une consultation des professeurs, pour concrétiser le renforcement des "savoir fondamentaux" qu'il appelle de ses vœux. Voici ce qu'il faut retenir des idées finalement choisies par le gouvernement.

Le redoublement décidé par les enseignants
L'annonce était attendue et pourrait susciter la controverse. Gabriel Attal affirme qu'il publiera, au premier trimestre de 2024, un décret permettant à l'équipe pédagogique, et non plus aux familles, d'avoir le dernier mot pour décider du redoublement d'un élève. Le ministre de l'Education avait déjà évoqué fin novembre son envie de "revoir le tabou du redoublement". "En tranchant ce débat, je veux lutter contre l’échec forcé" d’élèves qui passeraient en classe supérieure malgré de trop grandes lacunes, a-t-il relevé mardi en conférence de presse. Il prévoit aussi que les professeurs puissent prescrire à certains élèves des stages de réussite durant les vacances, qui seraient une condition pour ne pas redoubler.

Des groupes de niveau au collège
Déjà évoquée par Gabriel Attal, la création de groupes de niveau au sein des classes de collège, pour les cours de français et de mathématiques, est désormais actée. A compter de la rentrée prochaine, les élèves de 6e et de 5e "seront répartis en trois groupes en fonction de leur niveau en français et en maths", détaille le ministre. "Nous créerons des postes pour qu’il n’y ait qu’une quinzaine d’élèves" dans le groupe de ceux qui présentent le plus de difficultés, a-t-il ajouté. Cette organisation doit s'étendre aux classes de 4e et 3e à la rentrée 2025.

Pour les collégiens les plus en difficulté, une "scolarité aménagée" sera envisagée. Ils pourront notamment bénéficier de plus de temps que les autres en mathématiques et en français. Ces heures "se feront à la place d’une partie d’une autre matière, en accord avec les professeurs et les familles", précise Gabriel Attal.

De nouveaux programmes à l'école primaire
Après le dédoublement des classes de CP et CE1 dans les zones d'éducation prioritaire, mesure phare du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, Gabriel Attal veut aussi poursuivre le travail sur l'école primaire. Il a annoncé une refonte des programmes de la maternelle au CE2, en vue de la rentrée prochaine. Un travail similaire sera mené sur le CM1 et le CM2, pour la rentrée 2025.

Le ministre de l'Education nationale annonce mandater "dès aujourd'hui" le Conseil supérieur des programmes, auquel il fixe plusieurs objectifs, dont la "clarté" pour les professeurs et "l'exigence", concrétisée par l'introduction de "vrais objectifs de progression". Gabriel Attal demande également que ces programmes fassent une plus grande place à la "culture générale". Dans son message aux enseignants, il promet aussi qu'ils seront "moins volumineux".

Pour les mathématiques, une nouvelle méthode et une épreuve anticipée au bac
Alors que les résultats Pisa des élèves français en mathématiques sont médiocres, le ministre de l'Education a insisté sur cette matière. "Dès la rentrée 2024, la France adoptera la méthode de Singapour, qui a fait ses preuves partout dans le monde", a-t-il annoncé. Il souhaite par exemple anticiper l’apprentissage des fractions et des nombres décimaux dès la classe de CE1. Les groupes de niveaux serviront aussi, selon lui, à redresser le niveau en mathématiques.

Au lycée, à compter de l’année scolaire 2025-2026, une nouvelle "épreuve anticipée de culture mathématique et scientifique" sera ajouté au programme du baccalauréat, pour les élèves de première générale et technologique. Elle sera programmée en fin d'année, comme l'est déjà l'épreuve anticipée de français.

La labellisation des manuels scolaires
Autre mesure phare : la labellisation des manuels scolaires du premier degré, pour distinguer les ouvrages respectant certaines exigences fixées par l'Education nationale. "Tant d’études le disent : les manuels jouent un rôle clé", avait écrit Gabriel Attal dans son message aux enseignants. Pour renforcer les chances de réussite des élèves, il souhaite que l'Etat finance "un manuel de lecture et un manuel de mathématiques en CP et CE1".

Une réforme du brevet, rendu obligatoire pour l'accès au lycée
Le ministre de l'Education a également annoncé l'évolution du diplôme national du brevet à partir de la session 2025. Le poids des notes des épreuves d'examen passera à 60%, contre 50% aujourd'hui. Le contrôle continu comptera donc, lui, pour 40% et se basera "sur les notes réelles obtenues par les élèves tout au long de l'année", plutôt que sur le système par compétences aujourd'hui appliqué. L'obtention du diplôme du brevet deviendra une condition pour l’accès au lycée. Ceux qui ne l'obtiendront pas le devront passer par une classe "prépa-lycée" pour rattraper leur retard.

La suppression du "correctif académique" des notes d'examen
Gabriel Attal souhaite également, dès la session 2024 du brevet et du baccalauréat, supprimer le "correctif académique" : aujourd'hui, un jury composé de plusieurs professeurs se réunit pour comparer la correction des différentes copies, et modifier certaines notations qui s'éloigneraient trop de la moyenne. "Le 8 sur 20 du professeur se transforme assez régulièrement en 10 ou 12 sur 20", a déploré le ministre. En mettant fin à ce système, seules les notes attribuées par le correcteur de la copie compteront pour l'attribution ou non du diplôme.

L'intelligence artificielle au lycée
De façon plus inattendue, le ministre de l'Education annonce vouloir miser sur l'intelligence artificielle au lycée. "Tous les élèves entrant au lycée seront désormais accompagnés, à la maison, d’un outil d'IA de remédiation ou d’approfondissement en français et en mathématiques", écrit Gabriel Attal dans son message aux enseignants.

Lors de sa conférence de presse, il a confirmé que ce logiciel serait mis gratuitement à disposition de 200 000 élèves de seconde dès les prochains mois, avant d’être généralisé à tous en septembre. "Je souhaite que l’IA puisse être utilisée au service de l’élévation du niveau. Je préfère choisir plutôt que subir", a-t-il justifié face aux journalistes.

Des ajustements à la réforme du lycée professionnel
Au lycée professionnel, Gabriel Attal ajuste légèrement la réforme menée par la ministre déléguée Carole Grandjean. "A compter de la rentrée prochaine, nous avons décidé de renforcer sensiblement le volume horaire des enseignements généraux en terminale professionnelle. Par ailleurs, les cours de mathématiques et de français en seconde et en première professionnelles se dérouleront en petits groupes", a-t-il détaillé dans sa lettre.

 

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