Réouverture du campus social de l’Ucad: Les étudiants à la traîne…C’est

27 - Février - 2026

Deux semaines après les violents affrontements au campus social et la mort d’Abdoulaye Bâ, étudiant en 2e année de médecine, l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) reprend son souffle. Les pavés ont remplacé les pierres, les agents du Coud sont à l’œuvre et les étudiants reviennent, valises à la main, mais sans la marée des grands jours. Dans les allées nettoyées, l’espoir de sauver l’année universitaire se mêle à une inquiétude tenace.

L’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) n’a plus le visage des journées de chaos. Là où les barricades et les projectiles imposaient leur loi, les principales allées ont retrouvé la propreté. Les espaces verts, les bancs, les coins d’ombre, ce décor familier est de nouveau en place, comme si le campus voulait faire croire à une normalité retrouvée. Dans les services du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud), des agents s’activent, balais et pelles à la main, pour effacer les dernières traces visibles de violents affrontements du 9 février dernier, entre forces de l’ordre et étudiants. La vie revient lentement. À l’entrée du grand campus, les arrivées se font « à compte-goutte ».

Des étudiants tirent des valises, serrent des sacs plastiques remplis de vêtements, avancent en petits groupes dispersés, sans bruit. Le filtrage à la porte ne laisse rien passer. Les agents de sécurité veillent au grain, exigent la carte d’étudiant, inspectent même les voitures. Le retour dans les pavillons s’organise, mais dans un campus encore sur la retenue et les exigences de sécurité. Dans les pavillons, la reprise ressemble à une réinstallation. Les couloirs semblent renouer avec la vie tandis que les commerces reprennent timidement. Deux bâtiments restent fermés. Il s’agit des pavillons B et F. Ils étaient les plus affectés lors des événements.

Les équipes chargées de l’hébergement appliquent aussi une vérification stricte des occupants. L’objectif affiché est clair : s’assurer que les ayants droit réintègrent effectivement les chambres qui leur sont attribuées. Cette procédure, jugée « normale » par certains, réveille, toutefois, une vieille réalité du campus social, celle de la surpopulation et de l’hébergement solidaire. Djibril Mbaye, étudiant en Master à la Faculté des sciences et techniques, dit « saluer » la réouverture, convaincu qu’un prolongement de la fermeture pourrait encore « retardé le calendrier universitaire déjà très perturbé ». Mais le soulagement n’efface pas le choc. Il raconte un « traumatisme », des scènes qu’il dit « déplorables », et s’interroge sur une violence qu’il juge incompréhensible entre « frères et sœurs d’un même pays ».

À ses yeux, l’université a besoin de « calme et de stabilité », et il appelle les autorités à prendre des mesures pour que « cela ne se reproduise jamais ».

Sauver l’année à tout prix

Au détour d’un couloir, Charles Djilène Coly Sène, étudiant à l’Institut de gouvernance territoriale (Igt) et résidant au Pavillon F (fermé pour besoins de l’enquête), avoue sa surprise. De retour, il s’attendait à retrouver des pavillons « rénovés ». Au lieu de cela, il décrit un environnement encore fragile, des réparations qu’il juge incomplètes, et un sentiment d’empressement. Selon lui, « il fallait prendre le temps qu’il faut avant de rouvrir totalement ». Sur le campus, le débat ne porte pas seulement sur la sécurité. Il concerne aussi l’année universitaire et la question du logement.

Pape Demba Baldé, étudiant en master de sociologie, estime que le retour répond à l’urgence de rattraper le retard, surtout pour les étudiants « en phase de sortie » qui risquent de « perdre beaucoup ». Pourtant, notre interlocuteur reconnait que les conditions ne sont pas entièrement réunies, évoquant les camarades qui viennent des régions du pays et qui n’ont pas de logement à Dakar. Avec le contrôle des chambres, ceux-ci vont éprouver de sérieux problèmes, car ne pouvant plus être hébergés par les détenteurs de chambre. Il redoute qu’un recensement appliqué sans souplesse ne pousse certains à l’impasse. Et il le dit sans détour. « Si l’on renvoie ceux qui n’ont pas de lit officiel, la situation peut devenir très compliquée ». D’autres comme Diamé Senghor, étudiant à la Faculté des sciences et techniques, reviennent sur le calendrier. Il reconnaît que la crise a bouleversé les déplacements et le quotidien, mais il explique avoir choisi de reprendre parce que « l’année avance » et qu’il faut suivre le rythme, malgré tout. Didier Dabo, étudiant en master au département des Langues romanes, section portugaise, affiche un optimisme prudent. À son arrivée, il dit avoir trouvé « presque toutes les conditions d’une reprise correcte ». Lui également insiste sur la nécessité d’éviter des drames au campus et appelle les autorités à prendre des dispositions durables.

L’idée d’ériger un poste de police ou un commissariat au campus revient souvent dans les discussions. Certains y voient un outil de stabilité, d’autres une cohabitation risquée. Pape Demba Baldé craint que la présence policière en permanence ne crée de nouvelles tensions, dans un espace où étudiants et forces de l’ordre se regardent « en chiens de faïence ». En attendant, les amphithéâtres restent fermés. On croise des étudiants venus faire des démarches administratives, photocopier des documents ou réviser en silence.

…Les assurances du Coud
Après la décision de son Conseil d’administration du 19 février, le Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud) a officiellement rouvert le campus social, hier, jeudi 26 février. Dans un entretien, la coordinatrice de la cellule de communication de ladite structure, Ciré Badji Sonko, assure que « toutes les dispositions nécessaires ont été prises pour garantir une rentrée sécurisée et progressive des étudiants ». Depuis les premières heures de la matinée, le Coud, dit-elle, accueille à nouveau les résidents du grand campus ainsi que ceux des sites externes.

Selon Mme Sonko, les équipes se sont mobilisées dès l’annonce officielle de la réouverture du campus social pour le rendre opérationnel. Concernant l’état des infrastructures, elle indique que les travaux de remise en état ont été engagés afin d’accueillir les étudiants « dans des conditions optimales de sécurité ». L’hébergement, a-t-elle indiqué, est disponible à hauteur de 90 %, soulignant que les étudiants peuvent regagner leurs chambres sans difficulté. Toutefois, prévient-elle, les pavillons B et F restent indisponibles, car endommagés lors de la crise et ils sont concernés par l’enquête en cours sur la mort de l’étudiant. « Une fois qu’ils seront mis à la disposition du Coud, les réfections nécessaires seront effectuées avant leur réouverture », a indiqué Mme Sonko, rassurant aussi que « la restauration a également repris, à l’exception du restaurant Self où les travaux se poursuivent ». Sur le plan sécuritaire, le dispositif a été renforcés.

« Les mesures existaient déjà, mais elles ont été consolidées », précise Ciré Badji Sonko. S’agissant de la codification, elle rassure qu’« il n’y a pas de nouvelles opérations » et que le système en vigueur avant la fermeture reste applicable. Le service médical, a-t-elle ajouté, fonctionne « 24 heures sur 24 ». « Une cellule d’écoute et d’accompagnement psychologique a été mise en place après les événements afin de permettre aux étudiants et au personnel affectés de consulter des spécialistes », rappelle Mme Sonko.

 

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