L’art de mouliner dans le vent! (Par Amadou Tidiane Wone)

20 - Novembre - 2017

La Lybie n’a plus les attributs d’un État. Il n’y a plus unité de la puissance publique. La place est tenue par des milices armées allant des idéalistes nationalistes en passant par toutes les chapelles du crime organisé. Le tout sous le regard bienveillant des compagnies pétrolières qui forent tranquillement pendant que les pauvres diables s’entretuent. Et personne ne s’y intéresse.

Trois principaux groupes rivaux se sont partagés la Lybie et l’Occident en reconnaît un seul au gré de ses intérêts. Ce groupe là est considéré comme représentatif de l’Etat Libyen au plan international. Mais sur le terrain, il ne contrôle qu’une partie du territoire. Et encore. C’est devant les Ambassades de ce groupe que des gens, certainement de bonne foi, ont été invités à manifester. Pour camper un décor? À quelles fins? On va y voir clair. Tôt ou tard.

Encore une fois , ce qui se passe en Lybie ne relève pas d’une traite des esclaves entre arabes et africains. Cette piste nous éloigne des véritables enjeux. Elle nous égare dans le désert....Ce qui est en cours en Lybie ce sont des prise d’otages avec des demande de rançons. Des criminels, tirent profit de la zone de non droit qu’est devenue le pays, pour abuser du désarroi des migrants, éperdus devant les portes fermées de l’Europe, pour rançonner leurs familles. Une chaîne d’extorsion de fonds dont les payeurs ultimes sont les familles des migrants restées au pays est composée, malheureusement, d’africains bon teint en cheville avec des réseaux mafieux qui se servent en amont et en aval laissant le sale boulot aux....africains. Ceux qui ont accès aux mamelles de l’aide européenne pour stopper la migration se servent en amont. Les autres rackettent les familles des jeunes pris dans la nasse. A titre d’exemple deux jeunes gambiens armés de Kalachnikov, à ce qu’il parait, terrorisent littéralement les habitants d’une localité dénommée Baniwalid... Le banditisme n’a ni race ni couleur! Il cohabite souvent avec la déraison d’Etat...
Comme depuis si longtemps, c’est surtout en nous, et autour de nous, que se trouve la racine du mal.

Cas pratique : un migrant est capturé par une bande X. Sa « valeur » est estimée lorsqu’on lui propose de le libérer moyennant une somme ( y). S’il peut s’en acquitter sur place, il s’appauvrit mais conserve une valeur marchande s’il a de la famille au pays. Il peut rester dans le marché aussi longtemps qu’il pourra lancer des appels de fonds auprès de tous ceux qui lui veulent du bien. Dans certains cas, il peut-être revendu à un agriculteur qui le fera travailler...gratuitement moyennant, s’il a encore de la chance, une « liberté » après services rendus et sévices subis. Le même système existe dans le Sud de l’Europe, en Italie et en Espagne. Hors la vue des médias. Les Africains qui travaillent dans les champs, sans protection sociale ni droits syndicaux sont-ils mieux traités que des esclaves? Combien d’africains sont dans les prisons italiennes ou ont été coulés dans du béton par la Camorra sicilienne? Les sans papiers qui vivent aux États-Unis pendant des dizaines d’années, qui y travaillent avec des salaires de misère, sans aucun droit sont-ils moins que des esclaves? Alors, évidemment que dans tous ces cas les « noirs » sont toujours les dindons de la farce! Mais le vrai ennemi c’est le système, l’ordre mondial de production et des échanges. Ne soyons pas détournés des véritables enjeux: comprendre la nature sournoise, et sans états d’âmes, du système capitaliste qui ne lésine sur aucun moyen pour perpétuer un ordre du monde qui garantisse la survivance de son modèle.

L’autre ennemi ce sont nos gouvernants qui rament à contre courant de l’Histoire en assistant, impassibles ou complices, à la re-colonisation du Continent. Manifestons devant leurs représentations diplomatiques et dans tous les pays dont les ressortissants sont concernés. Cela serait plus pertinent dans l’immédiat ! Le monde entier saurait que les jeunes gens de ces pays fuient à cause de l’incapacité de leurs dirigeants de leur offrir du travail.

Mais aujourd’hui , les réseaux sociaux sont le canal par lequel nos esprits sont préparés au pire à notre insu. On nous oriente vers des moulins à vent comme jadis Don Quichotte. Nous brassons beaucoup d’air mais nous restons assis devant nos claviers et regardons vers la foule regarde. La réalité se joue ailleurs. Qui a compris le rôle des réseaux sociaux dans ce que l’on a appelé les « Printemps arabes » avec le résultat que l’on peut observer maintenant, devrait comprendre ce qui est en cours en Afrique Subsaharienne.

Hélas, il sera toujours difficile, dans le chaud de l’action, de poser un discours allant à l’encontre de la machine de propagande qui est derrière le formatage de l’opinion.

Mais il fera jour. Tôt ou tard!

Amadou Tidiane WONE
woneamadoutidiane@gmail.com

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