Me BABOU: «MACKY FAIT EXPRES DE LAISSER LES SENEGALAIS DOUTER SUR UN EVENTUEL TROISIÈME MANDAT»

07 - Novembre - 2019

Me Abdoulaye Babou se veut formel. Selon le président de Alliance Pour l’Alternance (Alal), Macky Sall est l’unique responsable de la polémique autour d’un éventuel 3e mandat présidentiel. Soutenant que Macky Sall fait sciemment de laisser les Sénégalais douter, Me Abdoulaye Babou s’oppose à une éventuelle loi d’amnistie en faveur de Karim Wade.

L’As : Comment appréciez-vous la situation actuelle du Sénégal ?

Me Abdoulaye Babou : On a l’impression que le Sénégal stagne depuis l’élection présidentielle de 2019. Au plan politique, il n’y a rien de nouveau, en dehors du débat autour d’un éventuel troisième mandat du Président Macky Sall. Au plan économique, c’est la même situation. Pourtant, le Président Macky Sall avait dit qu’il allait engager son Pse 2 parce qu’il avait obtenu des bailleurs de fonds plus qu’il n’en avait besoin pour financer ce programme. C’était avant la présidentielle. Mais après l’élection et avec la suppression du poste de Premier ministre, on a l’impression qu’encore tout stagne. Macky Sall n’est pas Zorro, donc il ne peut pas être au four et au moulin. Qu’on le veuille ou non, ce sentiment de stagnation habite tous les Sénégalais. La question que l’on se pose est de savoir quand est-ce que le Sénégal va sortir de cette étape difficile? Dans le secteur économique, tout va mal. Même les opérateurs économiques éprouvent d’énormes difficultés pour se faire payer leurs créances de la part de l’Etat. C’est dire que cette morosité est ressentie par tout le monde. Le Président Macky Sall doit savoir que les Sénégalais ont besoin d’être boostés.

Cette situation pourrait-elle être corrigée par le Dialogue National ?

Il faut se rendre à l’évidence. Le Dialogue national piétine parce que les véritables problèmes sont toujours d’actualité. Pourquoi on ne tire pas les leçons de la dernière élection présidentielle ? J’entends parler de report des municipales et départementales, or le premier sujet qui devait être débattu par la classe politique, c’est le bilan de la dernière présidentielle marquée par la grande catastrophe que constitue le parrainage. Personne n’est d’accord sur la manière dont le parrainage s’est déroulé. Et curieusement, on a l’impression que tout le monde est devenu amnésique. Personne n’en parle. Pourtant, le système de parrainage sera appliqué à toutes les élections qu’elles soient départementales, municipales, législatives et présidentielle. Or, la première expérimentation de ce parrainage a été une énorme catastrophe. Mais apparemment, cela n’intéresse plus personne. Avant la tenue des prochaines locales, on devrait discuter de la faisabilité du système de parrainage à ce niveau. Certains pensent que pour les élections locales, on devrait se passer du parrainage. Apropos des enjeux alors maintenant ? On nous dit que le Sénégal sera un pays pétrolier d’ici 2024 et qu’il va changer de visage. On a constaté que beaucoup d’affaires dont le dossier Petrotim sont devant les tribunaux. On se demande comment les Sénégalais devront se comporter dans un Sénégal pétrolier, pays devenu riche, convoité et courtisé.

Au regard du tableau sombre que vous décrivez, ne doit-on pas craindre pour notre cohésion nationale ?

Le Président Macky Sall a fait récemment une déclaration à Tivaouane que je trouve importante. Comme tous les Sénégalais, il sait que notre cohésion nationale qui repose sur la religion est menacée. Notre manière de vivre la religion musulmane à travers les confréries n’est pas partagée par certains pays arabes. Des pays comme le Qatar ne veulent pas entendre parler de «Tarihas» (confréries religieuses). La preuve, il existe au Sénégal des mosquées qui ne se réclament d’aucune «Tariha». Et ces gens sont prêts à combattre les «Tarihas». C’est là le danger. Nous ne sommes pas à l’abri des terroristes prêts à dynamiter nos mosquées et à mettre à mal notre cohésion nationale fondée sur la tolérance des «Tarihas». Actuellement, Mali, le Burkina Faso et le Niger sonttous déstabilisés. Ce serait une grave erreur de se dire que ce qui se passe autour de nous ne peut pas nous arriver. Nous ne devons pas dormir sur nos lauriers. Les gens qui se disent musulmans radicaux sont une réelle menace pour notre pays. Heureusement que le Président Macky Sall en a parlé.

L’actualité politique est marquée actuellement par une polémique autour d’un éventuel troisième mandat présidentiel. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?

Le Président Macky Sall ne veut pas qu’on parle de troisième mandat. Mais à y voir de très près, il est le premier responsable de cette polémique. Je vous rappelle que j’ai travaillé, plaidé et soutenu le troisième mandat de l’ancien Président Me Abdoulaye Wade. Pourquoi? Parce qu’il y avait une brèche. On pouvait interpréter comme on veut les dispositions de l’article 27 de la Constitution. Aujourd’hui ça y est, c’est passé. Mais une fois élu président de la République en 2012, Macky Sall avait la possibilité de régler définitivement ce problème de l’article 27. Est-ce qu’il l’a fait ? Eh bien non, il n’a rien fait ! Cela dit, il y a eu une révision de l’article 27 de la constitution. N’empêche, l’ambigüité est restée. On nous sort l’alinéa 1 en disant que la durée du mandat présidentiel est de cinq ans. On ajoute dans l’alinéa 2 que nul ne peut faire plus de deux mandats consécutifs. Encore une fois, le doute et la possibilité d’interprétation sont laissés à tout un chacun. En son temps, le Président Abdoulaye Wade avait ses juristes comme moi qui avaient interprété l’article 27 avec l’ouverture d’un troisième mandat. Mais le Président Macky Sall, lui aussi, a laissé cette ouverture à la possibilité d’interprétation. C’est voulu et fait exprès. En droit, dès qu’on ouvre la porte à une interprétation, chacun peut s’y engouffrer. Et chacun a le droit de défendre sa thèse avec des arguments, comme moi j’avais défendu la thèse d’un 3e mandat du temps d’Abdoulaye Wade. Maintenant, le Président Macky Sall ne peut interdire qu’on parle de cette question. Les gens vont en parler jusqu’en 2024. En guise de solution, Macky Sall a la possibilité de reprendre l’article 27 par une révision constitutionnelle soit par voie référendaire ou parlementaire. Qu’il reprenne l’article 27 pour l’écrire clairement. Il devra juste dire qu’il prend des mesures transitoires en précisant que le premier mandat du Président de 2012 à 2019 constitue le premier mandat. Dès lors, 2019- 2024 sera alors son second mandat. Mais Macky Sall fait exprès de laisser les Sénégalais douter sur un éventuel troisième mandat.

Pour le cas de Karim Wade. Croyez-vous qu’il puisse bénéficier d’une amnistie ?

Le retour de Karim Wade au Sénégal risque d’être problématique. Et pour ce qui est de son amnistie, je n’ose même plus en parler. Heureusement qu’au Sénégal, tout le monde maitrise maintenant la notion d’amnistie. Karim Wade devait bénéficier d’une amnistie, il serait un potentiel candidat à la prochaine élection présidentielle au Sénégal. Ses partisans veulent la révision de son procès. Je peux les comprendre parce qu’ils ne sont pas des juristes. On révise un procès quand il y a un élément nouveau. Or dans l’affaire Karim Wade, il n’y a aucun élément nouveau. Qu’on l’aime ou pas, la Crei a fonctionné normalement comme le veut la Constitution. Dès lors, le débat pour la révision du procès ne se pose pas.J’ai dit et je le répète que je ne suis pas pour une amnistie en faveur de Karim Wade. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que Karim Wade est un pion du Qatar. J’ai une peur de voir Karim Wade revenir au Sénégal, blanc comme neige, armé de la forte puissance financière et de l’influence du Qatar. A tort ou à raison, le Qatar est considéré comme un pays qui appuie les Djihadistes à travers le monde. Ce pays est en guerre contre l’Arabie Saoudite qui est un grand ami du Sénégal.
L'As

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